Kinshasa, 04 novembre 2026 (ACP).- La chanson ‘’Muana Nsuka’’ du chanteur Miyalu Kayonda, popularisée à Kinshasa à la fin des années 1970, a été analysée comme une œuvre évoquant des drames familiaux en République démocratique du Congo (RDC), par un opérateur culturel, dans une publication consultée mercredi par l’ACP sur sa plateforme digitale.
« En kikongo, on appelle muana nsuka l’enfant venu en dernier, celui qu’on cajole, celui sur qui la famille veille plus que sur tous les autres. Miyalu Kayonda a pris ce mot tendre et l’a chargé d’un deuil immense pour expliquer des drames familiaux et les réalités sociales », a écrit Alain Mabanckou.
L’histoire de cette chanson remonte à 1977, dans la commune de Kintambo, où le mécène Beta Koumaye, connu notamment pour avoir été célébré par l’OK Jazz et l’Afrisa, a réuni plusieurs jeunes du quartier pour créer une formation musicale baptisée Odéon.
Surnommés ‘’Bana Odéon’’, les membres de cet ensemble développaient un folklore nourri des rythmes bahumbu. Plusieurs chanteurs issus de cette formation deviendront par la suite les premiers atalaku des orchestres Zaïko et Choc Stars, selon le récit de l’écrivain.
En fin de soirée, lorsque les guitares se taisaient, les tambours accompagnaient les improvisations de Miyalu Kayonda, qui proposait chaque fois une nouvelle version de ‘’Muana Nsuka’’, avec un accent particulier où se mêlaient humour et tristesse.
La chanson s’ouvrait par une interpellation adressée à un aîné appelé Mbuta Lukasu, pris à témoin de la richesse passée du chanteur, avant d’évoquer notamment le décès de douze enfants dans une même famille, l’exode vers Kinshasa et les difficultés rencontrées par les jeunes venus des provinces.
« La chanson s’ouvre sur un appel à un aîné, Mbuta Lukasu, pris à témoin de la richesse passée du chanteur, avant de laisser rire les moqueurs. Puis vient la tragédie en deux actes : douze enfants fauchés dans une même famille, puis l’exode vers la capitale, l’analphabétisme et ces jeunes venus des provinces que la ville juge bons pour les travaux domestiques », a-t-il détaillé.
Grâce au soutien de Beta Koumaye, un clip de la chanson avait été diffusé sur Télé Zaïre, contribuant à sa popularisation auprès du public kinois. ‘’Muana Nsuka’’ était ainsi devenue l’un des airs emblématiques de Léo II.
En 1981, la chanson a été commercialisée sous forme de disque 45 tours, avec une partie sur chacune des deux faces. Elle a également connu une reprise en swahili par le chanteur Kibondo Show, selon la même publication.
Derrière ce succès populaire, le parcours de son interprète a toutefois été marqué par des difficultés. D’après des témoignages du quartier rapportés par Alain Mabanckou, Miyalu Kayonda aurait reçu un salon en cuir comme rémunération de son travail artistique.
Après une période d’aisance, le chanteur aurait épuisé sa petite fortune dans des séjours à l’hôtel, avant de tenter de relancer sa carrière à Brazzaville. Son mécène Beta Koumaye aurait également connu un destin difficile.
Miyalu Kayonda est finalement mort dans la misère et l’indifférence, à une date que personne ne serait parvenu à établir avec certitude.
« L’homme qui chantait sa richesse perdue a fini par vivre sa propre chanson », a-t-il conclu, rappelant le contraste entre la popularité durable de l’œuvre et le destin de son interprète.
Miyalu Kayonda, également connu sous le surnom de ‘’Muana Nsuka’’, est un chanteur congolais associé à l’orchestre Odéon, fondé en 1977 dans la commune de Kintambo, à Kinshasa, sous l’impulsion du mécène Beta Koumaye. Il s’est fait connaître grâce à ses interprétations improvisées de ‘’Muana Nsuka’’, une composition qui a connu un succès populaire dans la capitale congolaise et a été commercialisée en disque 45 tours en 1981. Son parcours reste toutefois peu documenté, notamment concernant sa date de naissance et celle de son décès. ACP/ S. A.

