Kinshasa, 1er septembre 2026 (ACP).- L’histoire du grand chef songye Yakaumbu Kamanda Lumpungu demeure un repère de mémoire, d’identité et de transmission pour la jeunesse de la République démocratique du Congo (RDC), 90 ans après son exécution par l’administration coloniale belge, a indiqué sa petite-fille, mardi, lors d’un entretien avec l’ACP.
« Encore aujourd’hui, il y a beaucoup de dissociation à cause du traumatisme qu’a infligé ce crime colonial, mais aussi des retombées des missions évangélisatrices. Néanmoins, en cercles fermés et même dans la jeunesse, le nom circule encore. Des anciens se souviennent et partagent des souvenirs de grandeur », a déclaré Ytal Mwena Lumpungu, descendante du Mfumu Yakaumbu Kamanda Lumpungu.
Selon elle, la mémoire de cette figure historique demeure vivante malgré les blessures liées à la période coloniale et la rupture dans la transmission intergénérationnelle. Elle estime que cette histoire devrait être davantage enseignée et documentée afin de permettre aux jeunes générations de mieux connaître l’héritage de leurs ascendants.
Le grand chef Yakaumbu Kamanda Lumpungu avait été condamné à mort à la suite d’accusations de meurtre et d’anthropophagie. Son procès reste contesté par sa famille et ses descendants, notamment en raison des méthodes d’interrogatoire utilisées au cours de l’enquête.
Le Musée royal de l’Afrique centrale relève également que des doutes entouraient l’enquête judiciaire ayant conduit à son exécution.
« Les zones d’ombre sont celles qu’on entretient encore aujourd’hui malgré les preuves : accusations de meurtre et actes anthropophages. Seule une révision du procès permettra de laver l’honneur de Mfumu Yakaumbu Kamanda Lumpungu », a soutenu sa descendante.
Pour Ytal Mwena Lumpungu, la réhabilitation de cette figure historique devrait notamment passer par la reconnaissance de son innocence, la réhabilitation des sites mémoriels, la réparation des torts commis ainsi que la réécriture de son histoire, afin d’éviter les confusions entre les différents personnages historiques.
La famille souhaite également voir cette mémoire valorisée à travers des productions culturelles, notamment un long métrage ou une série documentaire consacrée au parcours du chef songye.
Elle a, par ailleurs, proposé que le 1er septembre soit institué comme une date de mémoire congolaise et de conscience noire, consacrée à la commémoration des martyrs et des résistants ayant œuvré pour la patrie.
Pour assurer la transmission de cet héritage, Ytal Mwena Lumpungu préconise une approche à la fois pédagogique et culturelle. Elle a salué, à cet effet, l’ouverture du ministère de l’Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté à l’intégration de l’histoire de Yakaumbu Kamanda Lumpungu dans le nouveau programme pédagogique.
Selon elle, des démarches sont déjà engagées avec la structure mandatée, Bokundoli, en vue de favoriser cette intégration dans l’enseignement.
« Le peuple qui n’a pas de mémoire est un peuple mort. Un peuple qui ne construit pas sur ses acquis, sur ses ascendants, est voué à l’échec », a-t-elle fait savoir, appelant les jeunes à s’approprier l’histoire de leurs ancêtres.
Au-delà de la dimension historique, la descendante de Yakaumbu souhaite voir les jeunes générations retenir de son héritage des valeurs liées à la bonne gouvernance, à la dignité et à la souveraineté.
Yakaumbu Kamanda Lumpungu est considéré comme une figure emblématique du peuple Songye. Les sources historiques et muséales indiquent qu’il avait été exécuté par l’administration coloniale belge le 1er septembre 1936. Sa mémoire demeure présente dans la culture populaire congolaise et la mémoire collective.
ACP/SA(SP)/BA

