Kinshasa, 9 janvier 2026 (ACP).- La figure de Nkuba-wa-Mabwe, de son vrai nom Nkuba Thalama, s’est imposée comme l’un des piliers fondateurs de la civilisation Bashila dans la province du Haut-Katanga, au sud-est de la République démocratique du Congo et de l’organisation socio-spirituelle des rives du fleuve Luapula, selon un chercheur en histoire contemporaine joint vendredi par l’ACP depuis Kinshasa.
« D’après les sources archivistiques et les récits transmis de génération en génération, bien avant les grandes vagues migratoires structurées,
Nkuba-wa-Mabwe aurait établi son autorité à partir du site historique de Kifuntwe, situé dans la vallée du Luapula, où il transforma un environnement marécageux en un espace organisé, régi par des lois coutumières strictes liées à la pêche, à la gestion des eaux et aux rites du fleuve », a expliqué Felix Kiluya, chercheur en histoire contemporaine.
« Cette organisation sociale, considérée comme sophistiquée pour l’époque, a précédé l’installation politique des peuples Bemba dans la région », a-t-il ajouté.
Ce spécialiste de l’histoire du Haut-Katanga a souligné que la souveraineté exercée par Nkuba-wa-Mabwe, ne relève pas du mythe, mais d’une réalité foncière et spirituelle fondée sur la maîtrise des cours d’eau et des îles fluviales.
Son nom, associant la « foudre » (Nkuba) et les « rochers » (wa Mabwe), symbolise une autorité enracinée dans les éléments naturels et une alliance profonde entre l’homme et son environnement.
Contrairement à d’autres formations politiques de la région, Felix Kiluya a fait savoir que : « le déclin de l’hégémonie directe de cette lignée ne serait pas consécutif à une défaite militaire, mais à une réorientation stratégique face à l’émergence de nouveaux pouvoirs impériaux ».
Selon lui, les traditions orales convergent pour affirmer qu’une alliance historique aurait été conclue avec les Bemba, ces derniers assumant les fonctions administratives et politiques, tandis que la lignée Bashila conservait la garde spirituelle du territoire.
« Cette distinction entre l’autorité politique et l’autorité spirituelle demeure un élément fondamental de compréhension des dynamiques coutumières actuelles sur les rives du Luapula et dans certaines chefferies du Haut-Katanga. La tradition locale soutient que la légitimité du pouvoir reste symboliquement liée à la bénédiction de la lignée de Nkuba-wa-Mabwe, gardienne des eaux et des terres ancestrales », a indiqué F Kiluya.
Pour l’historien et certains acteurs culturels de la région, cette épopée constitue bien plus qu’un récit ancien : elle représente un socle identitaire et un héritage vivant, particulièrement important pour la jeunesse de Kasenga et des territoires environnants, appelée à préserver cette mémoire face aux mutations contemporaines.ACP/C.L

