Kinshasa, 08 octobre 2026 (ACP) – Les conditions inhumaines auxquelles font face des milliers d’enfants vivant dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), ont constitué l’essentiel du message de l’ouvrage intitulé « Il est des châtiments plus cruels que la mort », révélé jeudi à Kinshasa lors d’un échange avec l’ACP.
« Le titre de mon ouvrage est directement lié à la situation que traverse l’Est de la RDC, de Goma jusqu’en Ituri et qui vit dans les conditions inhumaines. J’ai eu l’occasion de me rendre dans plusieurs camps de déplacés de guerre. J’y ai vu et entendu des personnes qui vivent dans des conditions extrêmement difficiles : la faim, la peur, la perte des proches, l’exil, la violence et l’incertitude du lendemain. (…) L’objectif principal de ce recueil est de montrer au monde qu’il existe des milliers d’enfants, de femmes et de familles qui vivent une forme de mort avant même de mourir », a déclaré Kakule Esdras Kikamatha, écrivain congolais basé à Beni.

« Ce livre donne une voix aux populations de l’Est du Congo, et particulièrement aux enfants qui ne demandent ni diamants, ni or, ni cuivre. Ils demandent simplement de vivre en paix, de grandir, d’aller à l’école et de connaître une vie normale, comme les enfants du monde entier », a-t-il ajouté.
D’après lui, l’image d’une jeune fille assise et épuisée en couverture est l’indice d’un paysage de désolation.
« Cette image représente à la fois une personne précise et une réalité collective. Elle renvoie à l’enfant que j’ai rencontré dans un camp de déplacés, mais elle symbolise aussi toutes les victimes de l’Est du Congo, en particulier les enfants et les femmes qui ont été confrontés à des violences indicibles (…). Cette figure porte la fatigue, le deuil, la peur et l’abandon. Elle représente une personne qui a été témoin de la destruction de sa famille et de son environnement, et qui tente malgré tout de rester debout », a souligné M. Kikamatha.
Pour son livre de 115 pages, publié aux éditions « Étoile de l’Afrique » et préfacé par le poète Schilder Masivi, l’auteur s’engage à témoigner de ce que subit sa région.
« Mon lien avec cette région est profondément personnel. Depuis mon enfance, je traverse les conséquences de la guerre. Je connais cette réalité parce que je l’ai vécue, observée et entendue au quotidien. Les souffrances du Nord-Kivu, de Beni, de Lubero et de l’Ituri ne sont pas pour moi un sujet lointain. Elles touchent ma communauté, mes proches et mon propre parcours. Pour ma première oeuvre littéraire, Écrire sur cette région est donc une manière de témoigner de ce que nous vivons et de préserver la mémoire de celles et ceux qui souffrent », a-t-il expliqué.
Et de renchérir : « Je voudrais que le lecteur retienne d’abord que l’Est du Congo ne se résume pas à la guerre. C’est une région habitée par des femmes, des hommes et des enfants qui ont des rêves, une culture, une histoire et le droit de vivre en paix. Malgré les violences, je reste convaincu qu’un jour l’Est du Congo connaîtra une période de paix véritable. »
Kakule Esdras Kikamatha, connu sous son nom de scène « Le Plus Malade », est un poète, slameur et écrivain congolais basé à Beni, dans l’Est de la RDC, une région dont la réalité, les blessures, les espoirs et la richesse humaine nourrissent profondément son inspiration.
À travers la poésie, le slam et l’écriture, il cherche à donner une voix aux émotions, aux expériences et aux réalités souvent silencieuses de notre société. ACP/ EzN (SP)

