Kinshasa, 29 août 2026 (ACP).-Une approche politique, philosophique et sociologique inspirée de l’essence du corps féminin a été mise en lumière à travers un spectacle de chorégraphie intitulé ‘‘Le Trône du vagin’’, a révélé samedi Gody Ngosa, experte de la danse en République démocratique du Congo, au micro l’ACP.
« L’intime et l’anatomique ont trop souvent été des prétextes pour confiner le corps féminin soit au domaine de la médecine, soit à celui de l’érotisme, du tabou ou de la honte. En choisissant l’angle politique et philosophique, je refuse ce rétrécissement », a-t-elle déclaré.
Selon elle, le tissu intime de la femme n’est pas seulement un organe : « c’est un espace liminal, un lieu de passage, une fosse d’où surgit toute l’humanité. En tant que chercheuse et chorégraphe, il m’apparaît évident que le premier territoire du pouvoir n’est pas la couronne ni le parlement, mais la matrice».
« C’est déplacer la question du sexe vers celle de la souveraineté originelle. C’est interroger la manière dont nos sociétés ont construit le pouvoir en oubliant l’endroit exact d’où elles sont nées », a expliqué la danseuse.
Dans sa démarche artistique, l’abstraction se traduit sur scène par la physique des corps, la gravité et la sémiotique du mouvement.
« La gravité comme outil de chute : pour traduire la « souveraineté qui tombe », la chorégraphie joue sur l’abandon des postures verticales et hiératiques. Le corps masculin ou les figures de domination cherchent la hauteur, mais sont irrémédiablement attirés par le sol (floorwork) ».
La chute, a-t-elle explicité, n’est pas une défaite, mais un retour nécessaire à la réalité du corps.
« Le déplacement du centre moteur : le « renversement du pouvoir » s’opère par la dynamique du mouvement. On quitte une danse dirigée par la tête, le regard ou le haut du buste (symboles du contrôle et de la loi) pour laisser le mouvement naître exclusivement du bassin et de la région pelvienne », a renchéri l’artiste sur le message derrière son œuvre.
« Le message que je souhaite transmettre au public est une invitation à l’humilité et à la réécriture de notre mémoire collective. L’histoire officielle a été écrite par et pour des trônes visibles : des figures d’autorité, des institutions, des couronnes portées sur la tête. Mais tous ces trônes s’effondreraient s’ils n’étaient pas portés par le « trône invisible » : la matrice féminine, le travail invisible des femmes, la terre, et le pouvoir générateur qui maintient le monde en vie».
Ce spectacle, renseigne-t-on a été présenté 28 août 2026, pour la première fois, à l’Institut français de Lubumbashi, a mis en scène un quatuor d’interprètes allant d’un corps masculin adulte qui s’incline, à la mémoire transmise à une jeune fille de 11 ans dont le corps porte l’innocence originelle.
« J’ai rappelé que le corps féminin n’est pas un sujet passif de l’histoire. Il en est l’infrastructure première. Reconnaître le Trône du vagin, c’est restituer au corps féminin sa place centrale : celle d’un berceau politique sans lequel aucun royaume ne peut exister », a conclu l’auteure de la chorégraphie.
Gody Ngosa est formatrice en management des radios communautaires, assistante de recherche en arts du spectacle, danseuse et chorégraphe. Elle est aussi fondatrice de la compagnie artistique ‘‘N’Sa C’est Ça’’ à Lubumbashi. ACP/MAW.

