Kinshasa, 10 septembre 2026 (ACP).- La sélection de l’ouvrage ‘‘L’Équation avant la nuit’’ au Grand Prix du Roman Métis remet au cœur du débat littéraire l’histoire de l’uranium de la République démocratique du Congo (RDC) dans le développement de l’arme atomique, selon une réflexion d’une critique d’art consultée jeudi par l’ACP.
«Dans ce roman, l’écrivain congolais Blaise Ndala explore les liens entre histoire, mémoire, colonisation, science et géopolitique, en revisitant la course engagée pendant la Seconde Guerre mondiale entre les Alliés et l’Allemagne nazie pour accéder à l’uranium nécessaire au développement de l’arme atomique.», a expliqué Elisabeth Mukuakaya.
Au cœur de cette relecture historique figure notamment la mine de Shinkolobwe, dans l’actuelle province du Haut-Katanga, alors située au Congo belge.
«Cet uranium, particulièrement riche, allait prendre une importance stratégique dans le programme nucléaire américain.», a-t-elle ajouté.
Pour la critique d’art, cette histoire constitue surtout une occasion de questionner la place du Congo dans les grands événements ayant façonné le monde contemporain.
Le territoire congolais, alors sous domination coloniale, disposait ainsi d’une ressource dont l’importance dépassait largement ses frontières, sans que les populations congolaises aient véritablement voix au chapitre sur son exploitation et sa destination.À travers cette perspective, le roman établit un dialogue entre le passé et le présent.
La question de l’uranium devient progressivement une réflexion plus large sur les ressources naturelles africaines, leur exploitation et les rapports de pouvoir qui continuent de marquer les relations internationales.
Dans sa construction romanesque, Blaise Ndala mêle fiction et faits historiques, invitant également le lecteur à s’interroger sur les conséquences humaines et morales du progrès scientifique lorsqu’il est placé au service de la guerre.
Cette dimension confère à ‘‘L’Équation avant la nuit’’ une portée qui dépasse le seul cadre de la littérature. Le roman apparaît ainsi comme une œuvre de mémoire susceptible de contribuer à une meilleure compréhension de la participation indirecte du Congo à certains des bouleversements majeurs du XXe siècle.
Dans le contexte de cette sélection, le Grand Prix du Roman Métis met également en évidence la vitalité d’une littérature congolaise capable de revisiter l’histoire universelle à partir d’un regard africain.
Pour la RDC, cette reconnaissance revêt par ailleurs une dimension culturelle, rappelant que l’histoire nationale ne se limite pas aux frontières du territoire, mais s’inscrit dans des événements internationaux dont les conséquences continuent de se faire sentir.
En faisant dialoguer le passé et le présent, Blaise Ndala contribue ainsi à une réappropriation de la mémoire et à une réflexion sur la souveraineté, la connaissance et la valorisation des ressources congolaises.
«Avec ‘‘L’Équation avant la nuit’’, Blaise Ndala rappelle finalement que le Congo n’a jamais été absent de l’histoire du monde. Il invite plutôt à raconter cette histoire autrement, en redonnant au territoire congolais et à sa mémoire la place qui leur revient dans le récit universel.», a indiqué Mme Mukuakaya.
Publié aux Éditions JC Lattès, ce roman de près de 400 pages mêle fiction, enquête historique et quête identitaire autour de la course engagée entre les Alliés et l’Allemagne nazie pour la fabrication de l’arme nucléaire.Cette œuvre s’inscrit dans la continuité du travail littéraire de l’auteur, déjà récompensé notamment pour ‘‘Dans le ventre du Congo’’, lauréat du Prix Ivoire et du prix Ahmadou-Kourouma en 2021. ACP/K

