«Le recrutement d’étrangers par la Russie relève de la traite des êtres humains» (Amnesty international)

Kinshasa, 10 septembre 2026 (ACP).- La secrétaire générale d’Amnesty International a affirmé jeudi que le recrutement par la Russie d’étrangers envoyés combattre en Ukraine constitue un «crime de traite des êtres humains», ont rapporté les médias internationaux.

«De toute évidence, il y a de nombreux individus qui travaillent pour l’État russe qui savent que les personnes qu’ils recrutent pour aller sur la ligne de front sont des victimes de la traite. Donc ils sont complices de ce phénomène et il faudrait qu’ils rendent des comptes», a déclaré Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International.

«Ensuite, c’est la coercition. On leur reprend leur passeport. On leur fait signer des documents qu’ils ne comprennent pas. On leur fait des formations qu’ils ne comprennent pas, avant d’être envoyés sur le front. En gros, c’est de la chair à canon», a-t-elle ajouté.

La secrétaire générale d’Amnesty international a estimé que les souffrances liées à cette internationalisation de la guerre touchent des communautés et des individus très vulnérables à travers le monde.

Agnès Callamard a dit également ne pas être en mesure d’enquêter en Russie sur des prisonniers de guerre s’étant battus aux côtés des Ukrainiens, cette ONG y étant considérée comme un «agent de l’étranger».

Elle a dressé le profil type de ces étrangers considérés comme des victimes potentielles de la traite : celui d’un «homme de moins de 40 ans», en situation de «précarité économique», originaire du «Sud global» et attiré en Russie par «la promesse d’un travail».Il sied de rappeler que depuis le début de l’invasion russe de l’Ukraine en 2022, Moscou et Kiev s’accusent mutuellement d’avoir recours à des combattants étrangers. Les autorités ukrainiennes ont déclaré en avril avoir identifié plus de 28 000 ressortissants de 136 pays engagés dans les forces russes. À ce chiffre s’ajoutent quelque 14 000 soldats nord-coréens. L’Ukraine a également recours à des combattants étrangers, notamment colombiens.

Selon Amnesty International, le schéma de recrutement le plus courant consiste à attirer en Russie, via des annonces en ligne ou le bouche-à-oreille, des gens qui ignorent qu’ils pourraient ensuite être intégrés aux forces armées russes.

«Un second schéma de recrutement vise des étrangers déjà présents sur le territoire russe, souvent en situation irrégulière», a relevé Amnesty. Les autorités russes leur promettraient alors la régularisation de leur situation ou l’obtention d’un passeport en échange de leur enrôlement.

Le crime de «traite des êtres humains» ressort du protocole de PalermePour qualifier le crime de traite des êtres humains, Amnesty s’appuie sur l’article 3 du protocole de Palerme, ratifié par les Nations unies.

Callamard, ce crime se caractérise par le «transfert de personnes», le recours à des «moyens coercitifs, de fausses promesses et de violence», ainsi que par une «situation d’exploitation».Elle a appelé l’Ukraine et les dirigeants des pays d’origine des recrues à recueillir les preuves de cette «traite d’êtres humains» afin de poursuivre les responsables.

Par ailleurs, l’Ukraine n’a toutefois pas fait de cette enquête une priorité et n’a pas encore mis en place un mécanisme permettant d’identifier d’éventuelles victimes parmi les prisonniers de guerre, reconnaît la secrétaire générale d’Amnesty.

Agnès Callamard a invité Kiev à «investir» dans de telles enquêtes, considérant que «cela démontrerait aussi que l’Ukraine a des valeurs et une approche très différentes de celles de la Russie».ACP/

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