Kinshasa, 16 sept. 2025 (ACP). – Un appel à la relance du secteur agricole pour garantir l’autosuffisance alimentaire en République démocratique du Congo (RDC) a été lancé au gouvernement congolais, mardi à Kinshasa, par un économiste, en vue de stimuler la croissance économique et de créer des emplois, lors d’un entretien avec l’ACP.
« La relance de l’agriculture est à la fois moteur de croissance économique, garante de la sécurité alimentaire, pourvoyeuse d’emplois, et actrice de la transition écologique. Pour y parvenir, la RDC devra inventer sa propre voie, un modèle hybride qui s’appuie sur la puissance de la technologie tout en valorisant les savoir-faire locaux et en respectant les cycles de la nature », a déclaré Jonathan Muya, doctorant en économie à l’Université de Kinshasa.
Selon lui, la réduction des importations agricoles permettra à la RDC de réaliser des économies substantielles en devises étrangères, renforçant ainsi les réserves de change. Ces ressources pourront être réinvesties stratégiquement, notamment dans l’achat de machines et équipements agricoles visant à accroître la capacité productive et soutenir un développement agricole durable. « Chaque jour, nos marchés s’inondent de fruits, légumes, et autres produits alimentaires importés alors que nos terres, parmi les plus fertiles au monde, restent sous-exploitées. Cette dépendance coûteuse perdure depuis trop longtemps », a-t-il déploré.
La revanche du sol sur le sous-sol
Le doctorant Muya a fait savoir que la RDC possède l’un des potentiels agricoles les plus vastes au monde : plus de 80 millions d’hectares de terres arables, dont à peine 10% exploités, des sols fertiles, un réseau hydrographique exceptionnel, un climat varié favorable à de nombreuses cultures. Pourtant, l’autosuffisance alimentaire reste un horizon lointain.
« Plus encore, le marché de Kinshasa regorge quotidiennement de pommes et d’oranges venues d’Afrique du Sud ou du Moyen-Orient, régions dans lesquelles les conditions climatiques sont parfois défavorables, où l’eau est rare et les sols moins généreux, alors que nos safous et mangues, fruits typiquement congolais, ne se trouvent que lors de courtes périodes saisonnières.
Un pays au climat tropical humide et à la biodiversité foisonnante n’arrive pas à offrir une disponibilité continue de ses propres produits », a-t-il fait remarquer. Ce décalage, a-t-il poursuivi, révèle un problème structurel : absence d’infrastructures de conservation, faible transformation locale, insuffisance d’irrigation, faible mécanisation, et manque de structuration des filières agricoles.
Pendant que d’autres nations compensent leurs contraintes naturelles par l’innovation technologique et l’organisation, la RDC semble prisonnière d’un cycle de production saisonnier et informel, incapable de répondre durablement à la demande intérieure. « Le choix central à opérer consiste entre une agriculture motorisée, intensive en intrants et en capital, visant des rendements élevés à l’image de grandes exploitations industrielles, et une agriculture naturelle, plus respectueuse des écosystèmes et créatrice de nombreux emplois ruraux », a relevé l’économiste. Il ne s’agit pas seulement de produire plus, mais de produire mieux, pour nourrir durablement la population congolaise, réduire sa vulnérabilité économique et faire de l’agriculture un pilier solide de sa croissance et de son développement, a-t-il conclu. ACP/

