Kinshasa, 22 juin 2023( ACP)- La Journée internationale des veuves, célébrée le 23 juin de chaque année, vise à attirer l’attention de l’opinion sur les droits fondamentaux, la précarité économique et les discriminations vécues par des millions de conjointes survivantes à travers le monde.
Axée cette année sous le thème : « Justice, dignité et autonomisation économique des veuves », l’édition 2026 met l’accent sur la lutte contre la privation d’héritage et sur la nécessité de garantir l’accès aux droits fondamentaux pour les millions de femmes qui se retrouvent marginalisées après le décès de leur conjoint. Les Nations- Unies (NU) estiment à plus de 258 millions le nombre de veuves dans le monde, dont près d’une sur dix vit dans l’extrême pauvreté. Dans les pays touchés par des conflits armés, notamment en République démocratique du Congo (RDC), une très forte proportion de femmes se compte parmi les veuves, obligées d’élever seules leurs enfants. Dans la capitale congolaise comme dans les provinces, plusieurs veuves sont privées de leurs droits successoraux sous l’effet des lois coutumières ou religieuses. De nombreuses veuves sont victimes d’expulsions ou de spoliation de leurs biens (terres, maisons, salaires) par la famille du défunt. Ces pratiques se font sous couvert de coutumes rétrogrades qui considèrent la femme comme un héritage.
* *La législation congolaise et les dérives traditionnelles*
En RDC, le Code de la famille révisé en 2016 accorde à la veuve mariée légalement le droit d’hériter de l’ensemble des biens. Elle devient l’héritière au premier degré avec les enfants, et a droit à une part successorale, souvent en usufruit. La Constitution de la RDC, en ses articles 14 et 15 interdisent toute discrimination fondée sur le sexe et protègent les femmes contre les violences, y compris les violences physiques ou psychologiques et la spoliation. De même , la loi n° 06/018 sur les violences sexuelles érige en infraction toute atteinte aux droits des personnes et punit sévèrement les actes de violence et de dépossession basés sur des pratiques coutumières dégradantes.
Bien que le pays dispose de tout un arsenal juridique de protection des femmes, en l’occurrence les veuves. toutef
Ces droits sont souvent bafoués par des pesanteurs coutumières.
Lorsque la tradition prime sur la loi, les veuves congolaises subissent de graves violations de leurs libertés fondamentales. Dans de nombreuses régions du pays, la coutume nie à la femme le droit d’hériter. Les biens de la famille sont considérés comme appartenant exclusivement à la lignée masculine du mari. Les pesanteurs culturelles et les traditions patriarcales prennent souvent le dessus sur les lois, exposant les veuves à des spoliations de biens, des rites dégradants et des exclusions. Dans certains cas, la femme est accusée de n’avoir jamais travaillé et ne peut par ricochet hériter, étant donné que tout appartient au mari.
En RDC pourtant,
, la loi garantit l’égalité des droits et valorise le travail ménager comme une contribution à part entière. Les femmes au foyer jouissent de droits juridiques, patrimoniaux et successoraux fondamentaux, bien que leur effectivité sur le terrain dépende encore des coutumes et traditions. De nombreuses veuves sont accusées de la mort de leurs maris et dans certaines contrées, elles sont soumises à des pratiques humiliantes ou à des isolements forcés sous prétexte de prouver leur innocence dans la mort de leurs époux. La coutume impose parfois à la veuve d’être « reprise » ou épousée par un membre de la famille du défunt pour conserver les biens au sein du clan.
*Stratégie de résilience*
Plusieurs facteurs expliquent pourquoi la tradition continue d’étouffer les droits des veuves en RDC, notamment le mariage non enregistré, le manque d’éducation et de formation, l’ignorance des droits. La peur des représailles, le poids de l’analphabétisme et le coût des procédures judiciaires poussent les veuves au silence. Face à cette situation, il est urgent d’élaborer un programme d’accompagnement psychologique des femmes veuves victimes des violations des droits après la mort de leurs maris. Les veuves doivent s’organiser en associations comme actrices du changement pour défendre leurs droits. Il est question d’informer et de sensibiliser les femmes sur la résolution 65\189 et le code de la famille qui définit clairement les éléments clés sur le droit de succession, de sensibiliser les hommes et les femmes sur l’élaboration du testament lors de leur vivant, de sensibiliser les couples à opter pour la légalisation des mariages, étant donné que les unions purement coutumières ou religieuses ne sont pas pleinement reconnues par l’État et ne permettent pas à la femme de réclamer son héritage devant les tribunaux.
*L’Etat congolais face à ses responsabilités*
Les droits de succession sont depuis longtemps une question controversée, en particulier dans les zones rurales où les règles coutumières l’emportent sur le droit positif. D’aucuns estiment qu’il faut interdire purement et simplement supprimer ces pratiques, d’autres estiment cependant qu’il faudrait plutôt chercher à trouver une solution qui respecte à la fois la culture et la dignité des femmes. Bien que le gouvernement congolais réaffirme son engagement à défendre les droits des veuves, et que la loi punit désormais certaines pratiques traditionnelles dégradantes, sur le terrain le fossé entre la législation et la réalité demeure trop grand. Si la loi congolaise protège les veuves, certaines traditions persistent et les mettent en danger.
L’État congolais a l’obligation constitutionnelle de protéger les veuves contre les pratiques coutumières spoliatrices en condamnant les auteurs de violences liées au veuvage. Le cadre juridique protecteur donne à l’Etat le pouvoir de réprimer ces abus, vu que la Constitution du 18 février 2006 garantit l’égalité de tous les Congolais, l’inviolabilité de la personne humaine et le droit à une égale protection des lois, interdisant de facto les rites de veuvage dégradants ou la spoliation. La primauté de la loi écrite sur les coutumes est un principe fondamental. Cependant, l’État peine souvent à imposer son autorité face à des traditions patriarcales bien ancrées, notamment dans les zones rurales. La protection de l’État ne couvre pleinement que les veuves issues d’un mariage civil. Celles unies uniquement par un mariage coutumier non enregistré sont souvent les plus vulnérables. Il est question ici de renforcer la protection des veuves et vaincre les pesanteurs culturelles et de légaliser ne fut ce que la cohabitation du couple issu du mariage traditionnel.
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