Leadership féminin : des échanges constructifs entre femmes s’imposent pour asseoir l’égalité (Par Tanya Yeme)

Kinshasa, 9 février 2026 (ACP).- Le leadership féminin en République démocratique du Congo (RDC), comme base légale soutenue dans l’article 14 de la Constitution promouvant la parité, nécessite davantage de concertations mûries entre les femmes pour parvenir à l’égalité de chances et stimuler l’émergence des femmes dans différents secteurs de la vie nationale.  Pour l’instant, malgré des progrès non négligeables observés dans ce domaine, un fait demeure cependant vrai la sous-représentation féminine persiste, à cause des stéréotypes et des traditions rétrogrades.

Face à cette situation, la mise en place des politiques impliquant les femmes dans le processus décisionnel s’avère urgente. Il est primordial « de favoriser des échanges sincères et constructifs entre femmes, notamment par le renforcement de la relation de solidarité et de courage. Ceci doit aussi se traduire par des actions concrètes, telles que des campagnes communes et des initiatives communautaires visant à sensibiliser, à faire évoluer les mentalités et à lutter contre les stéréotypes de genre », selon une experte en genre.

Mobiliser les forces collectives pour rétablir l’équilibre constitutionnel

Les nominations des femmes peinent à atteindre le quota constitutionnel, et le leadership féminin se dilue dans un silence préoccupant. L’exclusion totale des femmes dans certains gouvernements provinciaux, particulièrement à Kinshasa, est un précédent dangereux. La capitale, symbole de la RDC, doit, au contraire, être le modèle de la parité constitutionnelle. À cela s’ajoute la nomination vendredi dernier de seulement 10 femmes secrétaires générales, soit 14 % contre 59 hommes, soit 86 %. Face à cette situation, les femmes congolaises doivent réactiver et mobiliser leurs forces collectives pour rétablir l’équilibre constitutionnel, rappeler la responsabilité morale et politique des institutions. 

L’heure n’est plus à la distraction, mais à la mobilisation stratégique. Il est important de capitaliser l’engagement et la détermination des femmes de la société civile pour mettre en place des actions concrètes afin de redéfinir la place et les droits des femmes en RDC. Il s’agit de fixer des actions communes à engager en 2026 en faveur du leadership féminin, des réformes législatives et de la lutte contre les violences faites aux femmes (VBG).

Baromètre du genre au sein des institutions

Les résultats des enquêtes menées par certaines organisations de la société civile (OSC), notamment le Cadre permanent de concertation de la femme congolaise (Cafco), dans 24 provinces, sur les 26 que compte la RDC, ont démontré une faible représentativité féminine au sein des instances décisionnelles. Les résultats des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu n’ont pas été mis à jour à cause de la coalition de l’armée rwandaise et du M23-AFC qui insécurise cette partie du pays à sa guise.

Selon le résultat de cette étude réalisée en 2025, parmi les 24 provinces, quatre provinces, dont Kinshasa, Kwango, Maniema et Maï-Ndombe, ne comptent aucune femme au sein de leurs gouvernements ; sept provinces, à savoir : Kongo Central, Tanganyika, Tshuapa, Lomami, Bas-Uélé, Sankuru et Équateur comptent chacune une femme au sein de leurs exécutifs ; deux femmes ministres ont été nommées dans 11 provinces, à l’instar du Kasaï Oriental, du Kasaï Central, du Kasaï, de la Tshopo, du Kwilu, du Haut-Katanga, du Haut-Lomami, du Haut-Uélé, du Sud-Ubangi, du Lualaba et du Nord-Ubangi. Seule la province de l’Ituri compte cinq femmes contre sept hommes, soit une représentativité féminine de 42 %. La province de la Mongala, par contre, a trois femmes sur un total de 19 membres, soit 16 % de représentation féminine.

Sur 2.024 élus aux différentes élections en RDC, les hommes représentent 1.737, soit 85,82 % contre 287 femmes, soit 14,18 %. Au Sénat, les femmes constituent 17,59 %, soit 19 femmes contre 89. Sur les 500 élus que compte l’Assemblée nationale, les femmes symbolisent 13,4 %, soit 67 contre 433 hommes. Seulement 61 femmes (9,17 %) sont présentes aux assemblées provinciales contre 604 hommes (90,83 %).

Quant aux gouverneurs, seule une femme a été élue contre 25 hommes. La RDC ne compte aucune femme Vice-gouverneur. Les femmes conseillères municipales sont au total 139, dont 19,77 % contre 564 hommes (80,23 %). Au niveau du gouvernement central, on note une légère augmentation du taux de représentativité féminine évalué à 32 %, soit 17 femmes sur 53 membres. Le baromètre genre rendu public par la Cellule technique mixte de masculinité positive (CTM+) a fait savoir que parmi les ministères qui sont dirigés par les hommes, il y a un taux de 61 % d’hommes engagés dans les cabinets ministériels contre 31 % de femmes.

Le ministère du Commerce a été à la tête avec 43 % d’embauche de femmes. Pour le ministère dirigé par les femmes, le ministère de la Culture, arts et patrimoine vient en tête avec 52 % de femmes, suivi du ministère du Genre avec 46 % d’utilisation de main-d’œuvre féminine dans les cabinets ministériels, et le ministère des Affaires sociales, Action humanitaire et solidarité nationale boucle avec 30 %. Dans le secteur judiciaire, le taux de participation des femmes dans la magistrature se situe autour de 25 %. Dans l’Administration publique, par contre, seulement 10 femmes occupent le poste de secrétaire général contre 59 hommes.

La solidarité entre femmes, une clé pour le changement

Il est temps que les femmes congolaises se jettent résolument dans la lutte, de manière collective, contre les inégalités, de briser l’isolement et de favoriser l’accès aux postes de leadership. Pour cela, la solidarité féminine est un puissant moteur de cohésion sociale, d’autonomisation économique et de transformation politique. Lors de la rencontre de solidarité entre les femmes au pouvoir et celles de la société civile, tenue en octobre 2025, Judith Suminwa, Première ministre de la RDC, avait déclaré que la solidarité entre les femmes constitue la clé pour ouvrir les portes d’un changement évolutif. 

En unissant leurs forces, les femmes renforcent leur impact face aux discriminations, bien que la rivalité persiste parfois comme obstacle. Les initiatives de solidarité et de dialogue entre femmes doivent se multiplier à tous les niveaux pour atteindre l’égalité dans toutes les sphères décisionnelles en RDC.

Pour que ces efforts portent leurs fruits, il est important de se baser sur le renforcement des réseaux, la mobilisation collective et la conception des politiques. Ces réseaux doivent garantir une synergie efficace et un engagement durable pour redéfinir la place des femmes au sein des institutions.

Ceci pourra aider à construire une société plus juste où chaque femme pourra s’épanouir pleinement et contribuer à un grand changement. Les femmes congolaises doivent agir ensemble pour retrouver leurs places au sein des institutions et des instances décisionnelles, notamment en soutenant les candidatures et les initiatives de leurs semblables. C’est à ce prix et à ce prix seulement que se construira le pouvoir féminin et se dessinera à jamais le plein épanouissement de la femme congolaise.

ACP/

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