Kinshasa, 18 juillet 2026 (ACP).- Le dialogue national annoncé par le Président de la République démocratique du Congo (RDC) ne devrait pas servir à contourner les institutions de l’État ni à effacer les responsabilités individuelles, a soutenu samedi à l’ACP, un chercheur en politiques publiques, lors d’un entretien.
«Le dialogue peut représenter une occasion de renforcer la cohésion nationale, de rapprocher les institutions des citoyens et de dégager un minimum de consensus autour des grandes priorités du pays», a déclaré Eric Kamba, chercheur en politiques publiques.
Selon lui, dans un contexte marqué par la guerre dans l’Est de la RDC, les tensions politiques et les fortes attentes sociales, le dialogue constitue une opportunité de renforcer la cohésion nationale, à condition qu’il ne soit pas utilisé comme un mécanisme parallèle aux institutions républicaines.
Il a précisé toutefois que le succès de ce dialogue «dépendra de la clarté de son mandat, de la qualité de sa préparation et de la mise en œuvre de ses conclusions».
Pour Éric Kamba, «l’enjeu essentiel ne consiste pas uniquement à organiser un dialogue. Il s’agit de savoir si celui-ci contribuera réellement à consolider la République».
Dialogue et État de droitLe chercheur a estimé que l’inclusivité du dialogue ne saurait être interprétée comme une remise en cause des principes de l’État de droit.
Si les partis politiques légalement constitués, les organisations de la société civile, les universitaires, les organisations de femmes et de jeunes doivent être associés aux discussions, il considère que la situation des acteurs impliqués dans des mouvements armés ou poursuivis par la justice relève d’un traitement différent.
«La réconciliation peut accompagner la justice. Elle ne peut pas la remplacer», a-t-il affirmé, estimant que le dialogue ne devrait ni interrompre les procédures judiciaires ni conduire à une réhabilitation automatique des responsables de violences.
À ses yeux, les responsabilités pénales relèvent exclusivement des juridictions compétentes et ne peuvent être effacées par un compromis politique.
L’analyste met également en garde contre la répétition des précédents accords conclus à l’issue de crises armées, qui ont parfois entretenu l’idée que le recours à la violence pouvait constituer un moyen d’accéder à des responsabilités publiques.
«Le dialogue annoncé doit rompre avec la logique de la prime à la rébellion et réaffirmer que l’accès au pouvoir passe par la Constitution, les élections et les mécanismes légaux», a-t-il insisté.
Un cadre transparent et des objectifs précisÉric Kamba a estimé également indispensable de clarifier, avant l’ouverture des travaux, le mandat du dialogue, les critères de participation, les modalités de prise de décision ainsi que la portée juridique et politique de ses conclusions.Il a recommandé la publication préalable d’un mandat officiel, d’un calendrier et d’un règlement intérieur afin de garantir la transparence du processus et de prévenir toute contestation.
Selon lui, le dialogue devrait concentrer ses travaux sur des priorités nationales telles que la restauration de l’autorité de l’État dans les zones affectées par les conflits, le renforcement de la cohésion nationale, la gouvernance, la lutte contre la corruption, la crédibilité des institutions, l’emploi des jeunes, l’agriculture, les infrastructures et la relance de la production nationale.
Enfin, le chercheur a plaidé pour un élargissement du comité préparatoire aux représentants des universités, du barreau, des organisations de la société civile, de la jeunesse, des femmes, du secteur économique et des autorités traditionnelles afin de renforcer la crédibilité et la représentativité du processus. ACP/M/B

