Ebola en Ituri : tensions autour de la gestion d’un cadavre d’Ebola à Mongbwalu

Mongbwalu, 25 mai 2026 (ACP).-La tentative de récupération du corps d’un décédé d’Ebola a créé une vive tension entre une partie de la population et le personnel sanitaire dans la zone de santé de Mongbwalu, à 85 kilomètres de Bunia, en Ituri, épicentre de la 17ème épidémie d’Ebola,  dans le nord-est de la République démocratique du Congo (RDC), a annoncé lundi à l’ACP le responsable de cet hôpital.

« Une partie de la famille, accompagnée des groupes de jeunes, voulait à tout prix ramener le corps à la maison. Ils ont tenté de forcer le passage mais ce sont retrouvés face aux forces de sécurité qui protégeaient l’hôpital », a déclaré docteur Richard Lokudi, médecin directeur de l’hôpital général de référence de Mongbwalu.

Il a signifié que cette situation a entraîné une vive tension autour de sa structure sanitaire avec des tirs entendus jusque tard dans la nuit lors des interventions des forces de l’ordre.

Docteur Lokudi a précisé que « le défunt, présenté comme un berger diocésain influent dans la communauté, avait été officiellement déclaré positif à Ebola avant son décès, raison pour laquelle sa dépouille avait été sécurisée conformément aux mesures sanitaires en vigueur« 

Cette tension, a-t-il fait savoir, a « toutefois provoqué une psychose au sein de l’hôpital. Des membres du personnel soignant auraient abandonné leurs postes durant la nuit, tandis que certains patients ont tenté de fuir« .

Le médecin directeur a également évoqué le cas d’un patient suspect d’Ebola qui avait quitté l’unité d’isolement avant de succomber quelques instants plus tard à une importante hémorragie.

« Tout le monde voulait sauver sa peau d’abord étant donné que l’hôpital n’est pas clôturé et il était  difficile de se sécuriser dans un tel contexte », a-t-il regretté.

La résistance communautaire, un défi   à relever

Par ailleurs Dr Lokudi, a relevé que la principale difficulté demeure la résistance d’une partie de la population qui refuse toujours de reconnaître l’existence de la maladie à virus Ebola dans cette zone minière du territoire de Djugu, l’épicentre du 17e épidémie d’Ebola dans le pays.

« Certains pensent qu’Ebola est un montage des équipes médicales avec les ONG et refusent de croire à la maladie en indexant les partenaires engagés dans la riposte », a-t-il dit.

Pour une solution durable  à la résistance d’une partie de la population locale aux fins de renforcer l’adhésion communautaire, le Dr Lokudi a laissé entendre que les équipes de riposte envisagent désormais d’impliquer davantage les leaders religieux, les autorités locales ainsi que les associations de jeunes dans les activités de sensibilisation et de prévention.

« Si les leaders communautaires et religieux sont impliqués dans la réponse, nous pensons qu’il sera possible de réduire cette méfiance et  mieux protéger la population », a conclu le Dr Lokudi.

Ebola a débuté en septembre 1976 dans le village de Yambuku (Bumba) dans l’ancienne province de l’Equateur. Un bilan de 318 cas et 280 décès avait été enregistré.

L’épidémie d' »Ebola Zaïre » de 2018-2020 à Mangina, Beni et Butembo avait fait pour sa part  2.200 morts dans la  même région.

Actuellement, il s’agit d’une variante génétiquement distincte des précédentes épidémies Bundibugyo de 2007 et 2012, issue directement d’un réservoir animal, selon le docteur Jean-Jacques Muyembe, directeur de l’Institut National de Recherche Biomédicale (INRB).

L’épidémiologiste insiste sur le rôle central de l’engagement communautaire, « déjà démontré lors des réponses récentes » pour lutter contre Ebola.

Le renforcement des agents de santé communautaires est présenté comme un levier essentiel pour améliorer la détection précoce, la surveillance, la communication des risques.

Des mesures sont recommandées par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) pour éviter la transmission du virus entre les personnes :

lavage régulier des mains avec de l’eau et du savon ; utilisation d’une solution hydroalcoolique lorsqu’il n’y a pas d’eau disponible.

Quant aux agents de santé et des proches des malades, il leur est demandé le port d’équipements de protection, des gants, masques, lunettes et vêtements de protection.

Les agents de santé et les proches aidants doivent éviter les contacts avec les corps des personnes décédées. Les funérailles doivent être organisées par des équipes spécialisées.

ACP/

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