Italie : témoignage d’une journaliste congolaise sur les violences et les pressions vécues au quotidien (Miphy Buata, journaliste, lors de cette présentation)

Kinshasa, 12 mai 2026 (ACP).- Une journaliste congolaise a témoigné sur les violences, les pressions psychologiques et l’insécurité auxquelles sont confrontés les professionnels des médias en République démocratique du Congo (RDC), lors du festival international du journalisme citoyen, « Imbavagliati », qui va du lundi à mercredi, à Naples, en Italie.

« Au-delà des répressions ou des pressions que subissent les journalistes, il existe d’autres formes d’atteintes à la personnalité du journaliste qui ne sont ni considérées ni prises en compte dans le cadre des droits de l’homme », a indiqué Miphy Buata, journaliste de l’Agence congolaise de presse (ACP), média publique en RDC, qui a raconté plusieurs épisodes marquants de sa carrière, entre répression médiatique, conflits armés et crises sanitaires, dans une intervention intitulée « Au-delà des droits de l’homme, vivre dans la peur au quotidien ».

Cette professionnelle des médias a notamment évoqué l’arrestation arbitraire de son mari, Adelard Obul’Okwess, également journaliste, il y a près de vingt ans à Kinshasa.

« Des agents de la commission de censure sont venus l’arrêter sans lui expliquer les raisons de son interpellation », a-t-elle déclaré.

Selon cette journaliste, son époux, alors directeur des programmes d’une chaîne de télévision, avait été accusé d’avoir diffusé un concert non autorisé par les autorités. Il avait finalement été relâché quelques heures plus tard grâce à la mobilisation de collègues journalistes et de responsables influents.

Mme Buata a ensuite décrit son expérience au sein de la riposte contre l’épidémie d’Ebola dans l’est du pays entre 2018 et 2020, aux côtés du professeur Jean-Jacques Muyembe.

Affectée à la communication de l’équipe de coordination, elle a travaillé dans des zones contrôlées par des groupes armés dans l’est du pays, notamment à Beni, Butembo et Biakato, ainsi que dans d’autres villes de la province de l’Ituri.

Elle est revenue sur l’attaque menée dans la nuit du 27 au 28 novembre 2019 contre une base de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et une installation de la Mission onusienne à Biakato au cours de laquelle trois membres de l’équipe de la riposte contre Ebola avaient été tués et plusieurs autres blessés.

« Arrivés sur place, je constate que c’était une zone de non-droit, en pleine forêt, où la population elle-même était dans l’angoisse », a-t-elle expliqué, avant de raconter un moment de grande tension lors d’une mission quelques jours plus tard, lorsqu’elle s’est retrouvée isolée avec son équipe sur une piste d’atterrissage entourée de militaires armés.

« Je me suis dit : aujourd’hui c’est fini, je vais laisser mon mari et mes enfants orphelins », a-t-elle confié.

Selon elle, la peur et le stress vécus dans ces contextes extrêmes restent largement ignorés dans les débats sur les droits humains et la protection des journalistes.

« Toutes les peurs, les pressions et le stress que j’ai dû ressentir pendant les périodes d’Ebola ou de Covid-19 sont miens. Ils sont restés encrés en moi », a-t-elle déclaré.

Elle a également rappelé les tensions survenues durant la pandémie de Covid-19, après des déclarations controversées du professeur Muyembe sur les essais vaccinaux en RDC, qui avaient provoqué une vague de critiques et d’insultes sur les réseaux sociaux.

Chargée de la communication de crise, elle a affirmé avoir travaillé jour et nuit pour rassurer la population et accompagner les autorités sanitaires.

ACP/C.L.

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