Le calvaire d’un voyage Kinshasa -Kikwit – Gungu entrecoupé des barrières (Par Placide Tabasenge)

Kinshasa, 23 février 2026 (ACP).- Relier Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo (RDC), à Kikwit ou Gungu, dans le sud-ouest du pays, par la Route nationale no.1, est un véritable parcours du combattant pour ses usagers, au regard d’une cinquantaine de barrières érigées le long du parcours et de diverses tracasseries auxquelles sont soumis les voyageurs.

La grande partie de ces  barrières se situe entre Kinshasa et Kikwit, axe routier sur lequel les transporteurs, souvent rançonnés, ne savent à quel saint se vouer. A certains endroits, pour des raisons dites de sécurité, les passagers qui voyagent à bord des bus ou des véhicules transportant des marchandises sont obligés de descendre pour se faire contrôler les pièces d’identité par des agents de l’ordre ou les agents de la Direction générale des migrations (DGM).

Il est extrêmement rare que l’opération se termine sans graisser les pâtes. Des goulots d’étranglement inacceptables où la loi semble céder la place à l’arbitraire.

Théâtre de l’absurde

A chaque poste franchi, le rituel à la fois lassant et illégal est pratiquement le même.

Sous prétexte d’un contrôle de sécurité, d’hygiène voire de service anti-incendie (cas du pont Kwilu, à 6 km de la cité de Gungu) en pleine savane où des agents d’une multitude de services parfois non autorisés exigent des documents fantaisistes : cartes d’électeurs, cartes vétérinaires, cartes de transport de fûts de gasoil, etc.

Un agent de service anti-incendie sans logement ni bureau,  juste placé à la barrière de la rivière Kwilu à Gungu, n’ayant ni sceau d’eau, ni bureau et encore moins un carnet de quittance, y passe des nuits entières à la belle étoile surveillant tout mouvement de véhicules.

Les passagers, sommés de descendre de leurs véhicules quel que soit le temps ou l’heure, subissent des interrogatoires serrés, avec comme  finalité ; soutirer un peu d’argent de leurs poches. « Avoir des pourboires », tel semble être le seul mot d’ordre de ces agents qui torpillent impunément la libre circulation des personnes.

Menkao et Mashambio, coupe-gorge de la tracasserie

Si le mal est généralisé et profond, certains points noirs cristallisent l’indignation.

C’est le cas à Mashambio, un carrefour réputé  sur la route conduisant vers la ville de Bandundu, et plus dramatiquement à la cité de Menkao, situé à environ 120 Km du centre-ville de Kinshasa, où la situation vire au cauchemar dès la tombée de la nuit.

De gros pneus géants restent barricadés suivis des menaces envers tous les passagers par des services postés à la barrière. Les  transporteurs des produits vivriers ciblés les premiers,  paient le plus lourd tribut.

Ceci va naturellement à l’encontre de la mesure gouvernementale interdisant les taxes illégales et déterminant  le nombre des  services  autorisés  au niveau de barrières et aux frontières, dans le souci notamment de fluidifier l’approvisionnement en denrées alimentaires des centres urbains.

Sur le terrain, la réalité est tout autre. Des envoyés spéciaux de l’Agence congolaise de presse (ACP), en ont été édifiés.  Des centaines de camions généralement surchargés de denrées périssables (maïs, manioc, courge, huile de palme voire des fruits) prisés par Kinshasa sont bloqués des longues heures ou des journées durant. Ajouter à tout cela, des pannes imprévisibles de véhicules le long du parcours.

Résultat : les produits pourrissent en route, les prix flambent sur les marchés de Kinshasa et les commerçants s’enfoncent dans la précarité.

Sabotage des efforts nationaux

La cinquantaine de barrières sur Kinshasa -Kikwit et Gungu ne sont pas seulement des postes de contrôles; elles sont surtout des hauts lieux de rançonnement, une pratique pourtant prohibée, aux conséquences économiques néfastes sur la vie des consommateurs.

En érigeant les tracasseries en systèmes de gouvernance  routière, ces agents sabotent indirectement la politique du Président Felix Tshisekedi et les efforts du Gouvernement de la République contre la vie chère.

Le cri de détresse des usagers de la Nationale 1 est clair : il est temps que l’autorité de l’État s’exprime non pas par la multiplication des contrôles, mais par le démantèlement effectif de ces bastions de l’extorsion à ciel ouvert et sans gêne.

La route doit devenir un trait d’union, et non une frontière.

ACP/C.L.

Fil d'actualités

Sur le même sujet