New York, 80e session de l’Assemblée générale des Nations Unies. Parmi les discours de chefs d’État et les débats géopolitiques, une voix s’est élevée avec une gravité particulière : celle de Monsieur Felix Tshisekedi, président de la République Démocratique du Congo (RDC). Dans un contexte international souvent tourné vers d’autres crises, le président congolais a profité de cette tribune mondiale pour rappeler une tragédie que beaucoup préfèrent ignorer : la guerre interminable à l’est du Congo et le génocide silencieux de son peuple.
Depuis trente ans, l’est de la RDC est en proie à des violences répétées, marquées par des massacres, des viols, des déplacements massifs de population et une exploitation illégale de ses ressources naturelles. Des millions de vies ont été fauchées dans l’indifférence quasi-totale de la communauté internationale. Et pourtant, malgré ce lourd tribut, le monde détourne le regard.
Un plaidoyer pour la reconnaissance du génocide congolais
À cette session historique, le chef de l’État congolais n’a pas seulement dénoncé les violences : il a exigé que soit reconnu ce que tant de Congolais appellent depuis longtemps « le génocide oublié ». Dans cette démarche, il n’était pas seul. Des organisations telles que FONAREV (Fonds National de Réparation pour les Victimes de violences sexuelles liées aux conflits) ont également porté cette revendication avec force, appelant à une reconnaissance formelle des crimes de masse commis contre les populations congolaises. Elles réclament justice, vérité et réparation.
Ce combat n’est pas une simple bataille sémantique. Reconnaître le caractère génocidaire de ces crimes, c’est aussi ouvrir la voie à une justice internationale efficace, à la fin de l’impunité, et à un processus de guérison collective pour un peuple brisé par des décennies de souffrance.
L’hypocrisie de la communauté internationale
Mais ce plaidoyer se heurte à une triste réalité : le silence complice, voire l’hypocrisie, de certains acteurs de la scène internationale. L’ONU elle-même, tout en condamnant à mots couverts la situation, tarde à agir concrètement. Pire encore, des puissances étrangères, tout en prétendant soutenir la paix, ferment les yeux sur le rôle trouble joué par des groupes armés comme le M23, soutenus par des pays voisins, notamment le Rwanda.
Le président congolais a dénoncé sans ambages le soutien militaire et logistique que Kigali continue de fournir au M23, malgré les multiples résolutions, rapports d’experts et déclarations de bonne volonté. Ces dénonciations, aussi nombreuses soient-elles, n’ont jusqu’à présent débouché sur aucune sanction sérieuse ni intervention décisive. L’agresseur est connu, mais on continue de traiter la victime comme si elle devait se débrouiller seule.
Un peuple seul face à l’indifférence
Face à ce mur d’inaction, le Congo semble plaider seul sa cause. Mais ce silence ne pourra durer éternellement. À New York, la RDC a rappelé qu’on ne peut bâtir une paix durable sans vérité ni justice. Il ne suffit plus de compatir : il faut agir. Il faut documenter les crimes, poursuivre les coupables, soutenir les survivants, et construire des institutions capables de protéger les droits fondamentaux.
La guerre à l’est du Congo n’est pas un conflit oublié, c’est une blessure béante qui menace toute la région des Grands Lacs. Tant qu’elle sera ignorée, elle continuera d’empoisonner l’avenir. La voix du Congo à l’ONU n’est pas une simple revendication diplomatique, c’est un cri d’alerte : l’humanité ne peut rester sourde à la détresse d’un peuple sacrifié sur l’autel de la géopolitique et du profit.
Conclusion : Le temps de l’action est venu
Le discours du président congolais et le plaidoyer d’entités comme FONAREV doivent marquer un tournant. Il est temps que la communauté internationale regarde en face la réalité : ce qui se passe en RDC n’est pas une « crise locale », c’est une tragédie humaine d’une ampleur inouïe. La justice, la reconnaissance des crimes, et la fin du soutien aux groupes armés ne sont pas des options — ce sont des impératifs moraux.
Le Congo ne demande pas la pitié. Il exige la vérité, la justice et la paix.
ACP/

