RDC : une étude universitaire recommande de repenser les mécanismes d’accès à l’emploi

Kinshasa, 5 septembre 2026 (ACP).- Le renforcement des mécanismes d’intermédiation professionnelle, l’amélioration de la mesure du chômage et l’adaptation des formations aux besoins du marché du travail ont constitué les principales recommandations d’un mémoire de Diplôme d’études approfondies (DEA) en gestion des ressources humaines, soutenu samedi à l’Université pédagogique nationale (UPN), à Kinshasa.

« L’amélioration durable de l’emploi en RDC suppose non seulement le renforcement des institutions publiques et des dispositifs d’accompagnement, mais également une transformation plus globale des politiques économiques, éducatives et sociales », a déclaré Germain Kinyoka, auteur de la recherche. D’après l’auteur, cette recherche s’est intéressée aux dynamiques d’insertion professionnelle en RDC, dans un contexte marqué notamment par l’informalité et les limites des systèmes statistiques relatifs au marché de l’emploi.

Un indicateur alternatif pour mesurer le chômage

L’étude a évalué à 73,5% le taux de chômage entre 2019 et 2023, à partir d’un indicateur alternatif construit sur les données administratives de l’Office national de l’emploi (Onem). Cet indicateur repose sur le rapport entre les demandeurs d’emploi enregistrés auprès de l’Onem et ceux qui n’ont pas été placés. 

Selon le chercheur, cette approche permet d’apporter un éclairage supplémentaire sur les difficultés d’insertion professionnelle, particulièrement dans un pays où une importante partie de l’activité économique relève du secteur informel.

L’étude a reconnu toutefois les limites de cet indicateur, les données de l’Onem ne couvrant pas l’ensemble du marché du travail congolais. Elles ne prennent notamment pas en compte les personnes qui ne recourent pas aux services publics de l’emploi ni une grande partie des travailleurs du secteur informel.

« Cette recherche contribue à une meilleure lecture des dynamiques d’insertion professionnelle et ouvre des perspectives nouvelles pour la gouvernance du marché du travail dans les contextes caractérisés par l’informalité et la faiblesse des systèmes statistiques », a révélé le chef des travaux Kinyoka.

Des réformes proposées pour améliorer l’accès à l’emploi

Face à ces défis, le mémoire a recommandé à l’Onem de renforcer la couverture territoriale de ses services et d’améliorer la collecte ainsi que la fiabilité des données sur l’emploi et le chômage. Il préconise également la modernisation des mécanismes d’intermédiation professionnelle, notamment à travers la mise en place de plateformes numériques permettant de rapprocher les offres d’emploi des demandeurs.

Le chercheur a proposé, en outre, de développer des formations courtes et professionnalisantes répondant aux besoins réels des entreprises, tout en renforçant l’orientation professionnelle et la promotion des stages, de l’apprentissage et de la formation continue.

Au gouvernement, l’étude a recommandé le renforcement des politiques actives de l’emploi, particulièrement en faveur des jeunes et des femmes, ainsi que le soutien à l’entrepreneuriat et à l’auto-emploi. Elle a préconisé également de favoriser la création d’emplois dans les secteurs productifs, notamment l’agriculture, l’industrie et les services, considérés comme des secteurs susceptibles de contribuer davantage à l’absorption de la main-d’œuvre.

La recherche appelle, par ailleurs, à une réforme du système de formation afin de mieux l’adapter aux besoins du marché du travail. Elle insiste sur la nécessité de renforcer les liens entre les établissements d’enseignement, les centres de formation et les entreprises afin de faciliter la transition des jeunes vers la vie professionnelle. Sur le plan statistique, le chercheur a proposé d’intégrer progressivement l’indicateur alternatif aux outils de suivi du marché du travail, tout en organisant régulièrement des enquêtes nationales sur l’emploi et le chômage.

Il recommande également une meilleure intégration des données relatives au secteur informel, afin de disposer d’une vision plus complète de la situation de l’emploi en RDC.

En définitive, l’étude a estimé que la lutte contre le chômage ne peut reposer sur une seule institution. Elle nécessite une action concertée entre les pouvoirs publics, les entreprises, les établissements de formation et les acteurs du système statistique, en vue d’améliorer l’employabilité, l’accès à l’emploi et la durabilité de l’insertion professionnelle. Après débat et délibération, Germain Kinyoka a été proclamé diplômé de DEA en gestion des ressources humaines, avec la mention « la plus grande distinction ».

ACP/Ns

Fil d'actualités

Sur le même sujet