Kinshasa, 25 juillet 2026 (ACP).- Une thèse doctorale soutenue samedi à l’Université pédagogique nationale (UPN), à Kinshasa, a préconisé une refonte de la gouvernance sécuritaire afin de restaurer la paix dans la région de l’Uele dans la partie nord-est de la République démocratique du Congo (RDC).
« L’État congolais a l’obligation de se pencher sur la rationalisation de sa gouvernance sécuritaire avec plus de volonté politique, en prenant des mesures idoines afin de sécuriser ses frontières et de renforcer la capacité opérationnelle de ses services de défense et de sécurité », a recommandé la cheffe des travaux, Liliane Ahombo, auteure de la thèse.
Selon cette étude intitulée : « Fragilités du bassin du lac Tchad et insécurité dans la région de l’Uélé : analyse critique de la gouvernance sécuritaire de la République démocratique du Congo », les faiblesses de la gouvernance sécuritaire ont progressivement transformé la région de l’Uélé en un espace exposé aux répercussions des crises sécuritaires et environnementales qui touchent les pays voisins, notamment la République centrafricaine, le Soudan du Sud, le Soudan et l’Ouganda.
L’étude identifie les causes principales de cette insécurité comme étant à la fois sécuritaires et environnementales. Ces facteurs auraient favorisé la migration d’éleveurs transhumants Mbororo ainsi que de certains groupes armés vers l’Uélé, où leur présence s’accompagne, selon les conclusions de la recherche, de violations des lois nationales et de tensions avec les communautés locales.
Les chercheurs relèvent plusieurs conséquences pour les populations de la région, notamment la multiplication des conflits entre agriculteurs et éleveurs, les disputes liées à l’accès aux ressources foncières, les exactions commises contre les civils, ainsi que l’essor de réseaux commerciaux illicites impliquant certains groupes armés.
« Ces éleveurs transhumants armés commettent des extorsions, des exactions et des tueries contre les civils. Ils sont également en connivence avec des groupes armés et des milices tribales », a dénoncé la cheffe des travaux, Ahombo.
La thèse souligne également que plusieurs initiatives engagées par le gouvernement central, les autorités provinciales, ainsi que par des institutions régionales et internationales n’ont pas permis d’obtenir les résultats escomptés. L’auteure attribue cet échec à une gouvernance sécuritaire jugée insuffisamment coordonnée et à l’absence de mécanismes efficaces de suivi et d’évaluation.
« Les limites de la gouvernance sécuritaire résident notamment dans la mauvaise coordination des opérations militaires, ainsi que dans l’absence effective de l’État et des services de sécurité dans plusieurs territoires éloignés et isolés », a-t-elle expliqué.
Des recommandations
Face à cette situation, la recherche recommande un renforcement de la coordination entre les différents acteurs sécuritaires, une meilleure présence de l’État dans les zones reculées et la mise en place de stratégies adaptées aux dimensions sécuritaires et environnementales des crises qui affectent la région de l’Uélé.
Plusieurs autres recommandations ont été formulées dans cette recherche, entre autres, la mise en place d’une armée moderne, bien formée, équipée et motivée, capable d’anticiper les menaces sécuritaires. L’étude a préconisé également le renforcement du contrôle des frontières, l’amélioration de la présence de l’État dans les zones frontalières ainsi que la promotion d’une coopération régionale plus efficace pour faire face aux crises transfrontalières.
La recherche invite par ailleurs la société congolaise à promouvoir une éducation civique axée sur le patriotisme sécuritaire, afin de renforcer l’implication des citoyens dans la protection du territoire national.
À l’issue de la soutenance, après débat et délibération du jury, la candidate a été proclamée docteure en sciences politiques et administratives avec la mention « la plus grande distinction ». ACP/N/K

