Kinshasa, 30 mars 2026 (ACP).- Des funérailles de trois jours sont programmées dès lundi en souvenir de Mme Cathérine Nzuzi wa Mbombo, figure influente de la scène politique en
République démocratique du Congo (RDC) décédée le 18 mars à Kinshasa.
En hommage à cette grande dignitaire de la Deuxième République et femme d’affaires de renom décédée le 18 mars, l’ACP a approché Mme Madeleine Kankolongo Ndaye, également femme emblématique de la génération Nzuzi, pour évoquer le riche passé de cette icône.
Maman Nzuzi a occupé des fonctions de premier plan au pays.
Elle a connu près de 50 ans d’activités politiques. Maman Cathérine Nzuzi a été notamment Bourgmestre de la commune de la Gombe; vice-Gouverneure puis Gouverneure de Kinshasa, la capitale ;
Gouverneure du Bas-Zaïre (actuel Kongo Central);
Membre du Bureau politique et du Comité central du MPR.
Les générations futures retiendront l’ engagement de Nzuzi wa Mbombo pour
la promotion des femmes ;
l’encadrement des femmes commerçantes et la mobilisation des « Mamans », a fait savoir Mme Kankolongo :
Question 1 : Proche familiale et politique de Cathérine Nzuzi, pouvez-vous retracer le parcours de cette icône de la classe politique congolaise, près de quatre décennies durant ?
Maman Kankolongo: celle que nous pleurons aujourd’hui, est originaire de la province du Kasaï Central, territoire de Kazumba, tout comme moi.
Je la connaissais bien, comme une sœur, une aînée en politique.
Lorsque je l’ai retrouvée quelques années plus tard dans le milieu politique, j’ai découvert une femme brillante, une véritable icône de la vie politique.
Elle avait quitté très jeune le Kasaï avec ses parents pour venir s’installer à Kinshasa. Déjà à l’époque, sa famille était très connue chez nous. Son père était un homme célèbre, bourgmestre à l’époque coloniale, un évolué admiré de tous et c’était un grand homme de chez nous.
Nous, encore enfants, éprouvions une grande admiration pour cette famille. Quand on les voyait passer, c’était toujours un moment marquant.
Cependant, Catherine elle-même passait plutôt inaperçue durant son enfance. Je n’ai donc pas beaucoup de souvenirs d’elle en tant que jeune fille. C’est plus tard, à Kinshasa, quand elle a commencé sa carrière politique que j’ai véritablement appris à la connaître, notamment au début de sa carrière politique, alors qu’elle était encore très jeune à 20 ans déjà bourgmestre de la commune de la Gombe alors chez nous c’était une fierté car on disait que la fille à Nzuzi Henry est bourgmestre à Kinshasa.
Question 2 : Pouvez-vous rapporter, pour les générations futures des témoignages sur sa participation aux affaires politico-administeatives?
Maman Kankolongo Ndaye : Dans les années 1980, avec la création du Comité central du parti, nous avons été nommées membres au même moment.
C’est à cette période que nous nous sommes rapprochées. Elle m’a beaucoup conseillée, car j’étais encore novice en politique. Je fréquentais régulièrement son domicile, où elle me prodiguait des conseils précieux, forte de son expérience.
Quelques temps après, elle était nommée vice-gouverneur de la ville-province de Kinshasa, ce qui faisait d’elle la femme importante dans la vie politique ici dans le pays et c’est tout le monde qui parlait d’elle. Elle était très active, trèspopulaire et respectée. Son ascension a été remarquable, jusqu’à devenir gouverneure de la province du Bas-Zaïre (Bas-Congo) Kongo Central.
Elle s’imposait sans complexe dans un milieu dominé par les hommes, lesquels la respectaient énormément comme Cheffe.
Elle faisait la fierté des femmes. Son assurance, son intelligence et son engagement dans les mouvements de revendication en faveur des droits des femmes étaient exemplaires. Elle était toujours à l’avant-plan dans les mouvements qui plaidaient pour la revendication et la défense des droits de la femme ainsi que pour encourager l’émancipation féminine et elle était la référence.
Au sein du comité central, elle n’est pas restée une simple membre mais un modèle qui encourageait les femmes à persévérer.
Elle a été nommée vice-présidente du bureau du comité central, occupant ainsi un poste de très haute responsabilité, équivalent à celui de vice-présidente du pays à l’époque du parti-État et cela prouve à que point elle a percé.
Elle était une collaboratrice directe du Président du MPR et qui était aussi Président de la République.
Avec le changement de régime et l’arrivée du nouveau pouvoir avec le Président Laurent-Désiré Kabila, elle a connu ses moments sombres, parce que la situation est devenue difficile. Beaucoup ont fui ou se sont cachés en exil, mais elle est restée. Elle a été arrêtée et a passé près d’une année en prison. Après sa libération, comme elle était une femme brave, elle a repris ses activités politiques avec détermination. Et le Président Laurent-Désiré Kabila l’a nommée ministre de Solidarité et Affaires humanitaires.
Question 3 : Quel modèle retenir de Nzuzi wa Mbombo dont la mort intervient avec regret en pleine célébration de la Journée mondiale consacrée à la Femme ?
Maman Kankolongo Ndaye : Catherine était une femme constante dans ses choix, un véritable exemple de stabilité politique. Contrairement à certains acteurs politiques qui changent de position selon les circonstances, elle est restée fidèle à ses convictions jusqu’au bout.
Son surnom, qui faisait référence à une vipère, traduisait bien sa personnalité : une femme déterminée, redoutable dans les débats, qui défendait ses idées jusqu’au bout. Lorsqu’elle avait un objectif, elle ne reculait pas. Elle savait convaincre et ne se laissait jamais intimider. Je garde également le souvenir de sa fidélité au président Mobutu et à ses idéaux. Chaque année, elle organisait des messes à l’occasion de l’anniversaire de sa disparition.
Au-delà de la politique, Catherine était aussi une femme de famille. Une mère, une grand-mère, et même une arrière-grand-mère très affectueuse.
Malgré ses nombreuses responsabilités et ses activités, elle restait très proche des siens. J’admirais cet équilibre entre sa vie publique et sa vie familiale. Elle s’est battue toute sa vie pour la cause des femmes, pour leur émancipation et leur autonomisation.
Elle incarnait elle-même cette autonomie, tant sur le plan financier que dans ses idées et ses actions. Son départ, en ce mois dédié aux droits des femmes, est hautement symbolique. Elle laisse derrière elle un héritage précieux, un modèle pour toutes les générations. Pour moi, Catherine reste une source d’inspiration.
Sa vie, son parcours et ses combats parlent d’eux-mêmes. Il suffit de s’y référer pour trouver des repères. Elle nous laisse un message fort : celui de la détermination, de la fidélité et de l’engagement.
ACP/

