Lubumbashi, 16 octobre 2026 (ACP).- Les activités de la neuvième édition de la biennale de Lubumbashi, province du Haut-Katanga, dans le Sud-Est de la République démocratique du Congo(RDC), placée sous le thème : « Manger la terre » ont été lancées jeudi, au cours d’une conférence de presse organisée au centre d’art et de recherche Picha, a constaté l’ACP.
« Cette neuvième édition invite les chercheurs et publics à réfléchir aux enjeux liés à l’exploitation des ressources naturelles aux mémoires des territoires et aux stratégies de résistance développées par les communautés concernées », a déclaré l’équipe organisatrice de la biennale de Lubumbashi.
Dans son intervention, la directrice de la biennale, Sorana Musia, a expliqué que le thème retenu renvoie à la fois aux dynamiques néocoloniales associées à l’exploitation des richesses minières et aux réalités vécues par les populations affectées par ces activités.
« Manger la terre, est une expression qui évoque l’extraction intensive des ressources minières par des puissances extérieures, mais elle renvoie aux populations qui, confrontées aux conséquences de cette exploitation, développent des stratégies de survie, de création et de résilience. Cette biennale vise à explorer simultanément ces deux dimensions afin de mettre en lumière non seulement les mécanismes de prédation, mais aussi les savoirs, les cultures et les initiatives portées par les riverains », a-t-elle indiqué.
Parmi les artistes sélectionnés, un artiste visuel et photographe congolais Kévin Kabambi, a souligné que son travail interroge la transformation des lieux et des espaces tant physiques qu’intellectuels. S’inspirant du livre « L’invention de l’Afrique » de Valentin – Yves Mudimbe, il a estimé que cette thématique offre l’occasion de repenser les récits et les représentations des espaces africains.
De son côté, l’artiste et chercheur congolais Joseph Kasau a présenté son installation intitulée « Entre ciel et terre », l’œuvre aborde les violences liées à l’extractivisme et au processus historiques qui ont accompagné l’exploitation des richesses du continent. La terre représente ce qui nous est arraché, tandis que le ciel symbolise les promesses qui accompagnent cette exploitation. Nous nous retrouvons ainsi entre ciel et terre, dans un espace marqué par de multiples formes de dépossession.
L’artiste camerounaise Son Gweha présentera quant à elle l’installation « Protagonistes du futur », consacrée aux plantes médicinales présentes dans les zones minières du Haut-Katanga. Son travail s’intéresse à la manière dont les tradipraticiens utilisent ces ressources dans les soins, tout en interrogeant les impacts des activités minières sur ces savoirs et pratiques. Son exposition prendra la forme d’un lit de terre composé de différentes matières recueillies dans la région, intégrant fossiles et objets symboliques, comme évocation à la fois de la mémoire collective et des futurs possibles.
La directrice du centre d’art et de recherche Picha et responsable de la production de la biennale, Gaëlle Van Lede a, pour sa part, encouragé les jeunes artistes à poursuivre leurs démarches créatives. Elle a également précisé que l’événement se déroulera durant un mois dans plusieurs sites de la ville, avec une programmation principalement concentrée à l’Institut des beaux-arts de Lubumbashi.
Par ailleurs, l’artiste visuel et cofondateur du centre d’art et de recherche Picha, Sammy Baloji, ainsi que l’artiste visuel et membre du collectif Picha Jean Katambayi, sont revenus sur le parcours de la biennale depuis sa création jusqu’à cette neuvième édition.
ACP/KAB/MUD

