Kisangani, 9 mars 2026 (ACP).– La communauté universitaire de l’Université de Kisangani, dans la Tshopo (nord-est de la République démocratique du Congo), a été sensibilisée lundi sur l’appropriation du concept Genocost, lors d’une conférence organisée par le Fonds national de réparation des victimes de violences sexuelles liées aux conflits et des victimes des crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité (FONAREV), en collaboration avec la Commission interinstitutionnelle d’aide aux victimes et d’appui aux réformes (CIAVAR), a constaté l’ACP.
« Pour que nous puissions savoir tout ce qui nous est arrivé et le porter à la connaissance du monde entier, il faut qu’il y ait de plus en plus de personnes qui connaissent réellement ce qui s’est passé, les génocides silencieux que notre pays connaît. Ainsi, cette semence qui va se répandre à travers la jeunesse permettra de faire naître une conscience nationale », a déclaré dans son discours le professeur Katwala Katate Bamba, représentant le recteur de l’UNIKIS.
Il a, à cette occasion, souligné l’importance du rôle de l’université dans la documentation des tragédies ayant marqué la République démocratique du Congo, estimant que les recherches scientifiques menées par les étudiants, les enseignants et les chercheurs constituent un levier essentiel pour préserver la mémoire collective et prévenir la répétition de tels crimes.
« L’Université de Kisangani est située au cœur d’une région qui a connu des guerres, des massacres et de nombreux conflits qui ont freiné le développement de la ville et du pays. Ces événements ne doivent pas tomber dans l’oubli. Ils doivent être documentés par la recherche scientifique, depuis le premier cycle jusqu’aux travaux des chercheurs confirmés, afin de dire plus jamais à ces tragédies », a-t-il ajouté, avant de clôturer les travaux de cette activité académique.
Intervenant au cours de la conférence, le directeur chargé des enquêtes et études au FONAREV, M. Blaise Khasa, a expliqué que cette initiative s’inscrit dans les missions de l’institution visant notamment l’identification des victimes, leur réparation, l’accompagnement judiciaire ainsi que le plaidoyer pour la reconnaissance des génocides commis en RDC.
Selon lui, l’implication des milieux scientifiques est essentielle pour démontrer les causes profondes des conflits ayant marqué l’histoire récente du pays, notamment ceux survenus dans la ville de Kisangani. À cet effet, un programme de subventions de recherche a été lancé à l’intention des étudiants, chercheurs et centres de recherche appelés à postuler via le site officiel de l’institution afin de soutenir les travaux scientifiques portant sur ces questions.
Le professeur ordinaire Serge Makaya, paneliste lors de cette rencontre scientifique, s’est quant à lui appesanti sur la distinction entre les notions de génocide et de Genocost. Il a expliqué que le génocide est un concept juridique défini dans les instruments internationaux relatifs aux crimes contre l’humanité, tandis que le Genocost constitue un label de commémoration et d’hommage à toutes les victimes des crimes commis en RDC depuis plus de trois décennies.
Les participants à cette conférence, notamment des étudiants et chercheurs, ont salué l’organisation de cette activité académique qu’ils considèrent comme une opportunité importante pour renforcer la recherche sur les conflits et les génocides commis en RDC. Ils ont toutefois plaidé pour que l’enveloppe financière destinée aux projets de recherche soit revue à la hausse afin de permettre aux meilleurs candidats dont les travaux seront retenus de descendre sur le terrain pour collecter des données fiables sur le Genocost.

Cette activité s’inscrit dans le cadre d’un programme national du FONAREV qui prévoit l’organisation de conférences similaires dans plusieurs universités du pays afin de promouvoir la mémoire collective et encourager la recherche scientifique sur les crimes de masse en République démocratique du Congo.
Au cours de cette conférence, clôturée par une série de questions-réponses, trois thématiques ont été développées par les différents panelistes, notamment : la mise en contexte Génocides–Genocost par le professeur Serge Makaya ; l’intention génocidaire dans la stratégie des massacres commis en RDC par Me Chris Shematsi et Me Justin Bahirwe ; ainsi que la subvention pour la recherche sur le Genocost par M. Blaise Khasa.
ACP/C.L.

