Yambuku -Ebola : un scientifique rend hommage au Professeur Muyembe pour ses découvertes scientifiques

Kinshasa, 11 octobre 2026(ACP).- Un hommage a été rendu dimanche par un membre- titulaire de l’Académie congolaise des sciences (Accos) au Professeur Jean-Jacques Muyembe, figure majeure des découvertes scientifiques sur Ebola, témoin de mobilisation sanitaire de 1976 à Yambuku(Localité située dans la province de la Mongala ,Ouest de la République démocratique du Congo), lors d’un entretien  avec l’ACP sur cette épidémie.

« Hommage au Professeur Jean-Jacques Muyembe-Tamfum, figure majeure de la recherche congolaise sur Ebola, et au Pasteur Bindo, témoin de la mobilisation sanitaire de 1976.De 1976–2026 : cinquante ans de découvertes scientifiques, de mémoire collective et de patrimoine culturel Ngbandi. En 1976, une mystérieuse épidémie frappait Yambuku, localité située dans l’actuelle province de la Mongala (…). Avec 318 cas recensés et 280 décès, cette tragédie sanitaire allait conduire à l’identification d’un nouvel agent pathogène : le virus Ebola», a déclaré le Professeur Ngbolua Koto-Te-Nyiwa,  membre -titulaire de l’Accos et Secrétaire général chargé de la Recherche à l’Institut supérieur des techniques médicales (ISTM-Kinshasa).

« Cinquante ans plus tard, cette découverte constitue un jalon majeur de la virologie moderne. Elle rappelle également l’importance du patrimoine linguistique Ngbandi, des traditions orales et de la mémoire des communautés qui ont vécu cette crise sanitaire »,a -t- il ajouté.

En outre, le Professeur Ngbolua a évoqué le concept «Bolongo (Totem)» et la mémoire orale d’Abumombazi, qui selon lui, est une tradition orale rapportée dans la région d’Abumombazi, un Ngbandi résidant à Yambuku se serait rendu à Abumombazi (aussi appelé Abuzi) pour solliciter les pouvoirs de Bolongo, un totem auquel sont attribuées des facultés surnaturelles.

« Cette démarche aurait été motivée par le vol d’une dame-jeanne de lotoko, boisson alcoolisée de type traditionnelle. Le propriétaire aurait voulu jeter un mauvais sort sur le voleur et toutes les personnes impliquées dans le recel de la boisson. Lorsque des décès inexpliqués commencèrent à survenir à Yambuku, certains habitants les auraient associés à cette malédiction supposée », a -t- il estimé.

De Legbala à Ebola : une dénomination entrée dans l’histoire

Par ailleurs, le membre -titulaire de l’Accos a fait savoir qu’après l’identification du virus, les chercheurs envisagèrent de lui attribuer le nom de Yambuku. Toutefois, afin d’éviter la stigmatisation de cette localité, ils privilégièrent celui d’une rivière de la région : Ebola.

Il a expliqué que cette décision, à laquelle contribua notamment Karl Johnson, témoignait d’une préoccupation éthique concernant les conséquences sociales de la nomenclature des maladies infectieuses.

 «Selon une note étymologique publiée dans Emerging Infectious Diseases, le nom Ebola serait issu du terme Ngbandi Legbala, associé à la rivière. Cette filiation linguistique confère au patrimoine Ngbandi une place particulière dans l’histoire de la virologie internationale », a -t- il martelé.

Jean-Jacques Muyembe-Tamfum : un héritage scientifique exceptionnel

Le membre titulaire de l’Académie des sciences congolaises a expliqué, en outre, que l’histoire d’Ebola est indissociable de la contribution du Professeur Jean-Jacques Muyembe-Tamfum, dont la participation aux investigations de 1976 et les recherches ultérieures sur les fièvres hémorragiques virales ont contribué au rayonnement international de la science congolaise.

Selon le Professeur Ngbolua, « Son engagement dans le diagnostic, la surveillance épidémiologique, la recherche thérapeutique et le renforcement des capacités nationales illustre le rôle essentiel des scientifiques africains face aux maladies infectieuses émergentes.Son parcours constitue une référence pour les nouvelles générations de chercheurs et démontre la nécessité de soutenir durablement la recherche biomédicale en RDC ».

À côté de cette mémoire scientifique subsiste celle des populations locales.

« Originaire du village Sanga (Groupement Bobwato) dans le Secteur d’Abumombazi, Monsieur le Pasteur Bindo, alors jeune garçon, rapporte avoir assisté aux rotations d’hélicoptères qui, selon ses souvenirs, assuraient des liaisons entre Kinshasa, Yambuku et Abumombazi pendant la mobilisation sanitaire de 1976.Ce témoignage apporte ainsi un éclairage sur la manière dont les communautés locales ont vécu cette crise », a signifié le Professeur Ngbolua.

Pour un laboratoire régional de recherche virologique à Yambuku ou à Abumombazi

Au-delà de la commémoration, cette histoire appelle des initiatives concrètes, le secrétaire général chargé de la Recherche à l’ISTM -Kinshasa a invité le Gouvernement de la RDC à examiner la possibilité d’implanter un laboratoire de recherche sur les maladies virales émergentes et réémergentes à Yambuku ou à Abumombazi.

Il sera également question de développer selon lui, un partenariat avec l’Institut National de Recherche Biomédicale (INRB), les universités et les institutions spécialisées.

Cette infrastructure pourrait renforcer la surveillance épidémiologique, le diagnostic moléculaire, la recherche sur les zoonoses et la formation des chercheurs.

Inscrit dans l’approche « Une seule santé » (One Health), ce projet favoriserait une meilleure compréhension des interactions entre la santé humaine, animale et environnementale dans cette partie du bassin du Congo,a -t- il dit.

Une telle initiative permettrait de renforcer les capacités locales de détection précoce et de riposte aux épidémies, tout en donnant une portée concrète à la commémoration de 1976.

Et instituer le Prix scientifique Jean-Jacques Muyembe-Tamfum,a -t- il recommandé.

 «Dans cette même perspective, nous proposons la création d’un Prix scientifique Jean-Jacques Muyembe-Tamfum, destiné à promouvoir l’excellence en recherche biomédicale et l’innovation dans la lutte contre les maladies infectieuses.Instituer en concertation avec le scientifique concerné, l’Académie Congolaise des Sciences (ACCOS), les universités et les organismes nationaux de recherche, ce prix pourrait distinguer périodiquement des chercheurs congolais et africains pour la qualité et l’impact de leurs travaux. Une attention particulière serait accordée aux jeunes scientifiques, aux recherches interdisciplinaires et aux innovations présentant des applications concrètes en santé publique. Fondé sur une évaluation indépendante et transparente, le prix pourrait associer une distinction honorifique à un financement destiné à soutenir les projets scientifiques des lauréats, Il constituerait ainsi un instrument durable de reconnaissance du mérite, de stimulation des vocations scientifiques et de promotion de la recherche africaine », a -t- il conclu. ACP/GN

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