Un monde multipolaire : Félix Tshisekedi opère le choix du multi-alignement pour la RDC (par Freddy Mulumba)

Dans un monde multipolaire marqué par la rivalité des grandes puissances, le président Félix Tshisekedi fait du multi-alignement un levier de souveraineté et de défense des intérêts nationaux de la République démocratique du Congo (RDC).
Lors de sa participation au troisième Forum Russie-Afrique en octobre 2026, le chef de l’État congolais a inauguré une nouvelle dynamique dans la politique étrangère congolaise. Devant le président Poutine, il a annoncé la nouvelle vision de l’État congolais en matière de politique étrangère dans un monde multipolaire : « Ne pas choisir un camp, c’est renforcer notre liberté de décision au service de nos peuples. » Ainsi, le président Félix Tshisekedi appelle donc la Russie, en sa qualité de membre permanent du Conseil de sécurité ayant voté les résolutions 2773 et 2808, à soutenir pleinement leur application, qui exige le retrait des troupes rwandaises du territoire congolais et l’abandon du soutien aux rebelles du M23.
À travers cette prise de position, le chef de l’État congolais place le multi-alignement au cœur de la politique étrangère congolaise. En d’autres termes, le Congo a opéré le choix de coopérer en même temps avec plusieurs puissances comme les États-Unis d’Amérique, la Russie, la Chine et l’Union européenne.
Par ailleurs, ce choix porté sur le multi-alignement n’est pas le fait du hasard. Il découle même de la nature de l’État congolais depuis sa création en 1885. Déjà à l’époque et dans son ADN, l’État congolais était le produit de l’équilibre entre les grandes puissances de l’époque.

De la conférence de Berlin de 1885 à l’indépendance du Congo en 1960

L’État congolais est un cas unique dans l’histoire de la construction étatique. Il fut un État souverain avant d’être une colonie belge. En effet, lors de la conférence de Berlin sur le bassin du fleuve Congo, du 15 novembre 1884 au 26 février 1885, les 14 puissances de l’époque s’étaient réunies réunies à Berlin, la capitale allemande, pour statuer sur leurs sphères d’influence sur le continent africain.
Profitant de ses relations avec les États-Unis d’Amérique et d’autres monarchies européennes, Léopold II, roi des Belges, demanda aux grandes puissances, en janvier 1884, de reconnaître son Association internationale du Congo comme un État libre du Congo (Congo Free State). La première puissance à répondre à sa demande fut les États-Unis, qui reconnurent le drapeau de l’Association internationale du Congo (AIC) à l’égal de celui d’un gouvernement ami en avril 1884, écrit Jean Stengers dans Congo, mythes et réalités. Les Américains seront suivis par les Allemands en novembre 1884. La France fut sollicitée à travers l’octroi du droit de préférence en avril 1884. Elle était devenue l’héritière présomptive des possessions de l’Association internationale du Congo.
En tout état de cause, de 1885 à 1908, Léopold II constitua un État indépendant du Congo (Congo Free State), placé sous le gouvernement personnel du roi Léopold II. Après avoir commis un holocauste au Congo, les puissances qui s’étaient réunies à Berlin décidèrent d’annexer le Congo à la Belgique en 1908. Le Congo devint ainsi une colonie belge et conservera ce statut d’équilibre entre toutes les grandes puissances présentes à la conférence de Berlin de 1885 jusqu’en 1960, date de son indépendance.

Un monde multipolaire : Félix Tshisekedi fait le choix du multi-alignement pour la RDC
Dans un monde multipolaire marqué par la rivalité des grandes puissances, Félix Tshisekedi fait du multi-alignement un levier de souveraineté et de défense des intérêts nationaux de la RDC.
Lors de sa participation au troisième Forum Russie-Afrique en octobre 2026, le président Félix Tshisekedi a inauguré une nouvelle dynamique dans la politique étrangère congolaise. Devant le président Poutine, il a annoncé la nouvelle vision de l’État congolais en matière de politique étrangère dans un monde multipolaire : « Ne pas choisir un camp, c’est renforcer notre liberté de décision au service de nos peuples. » Ainsi, il appelle donc la Russie, en sa qualité de membre permanent du Conseil de sécurité ayant voté les résolutions 2773 et 2808, à soutenir pleinement leur application, qui exige le retrait des troupes rwandaises du territoire congolais et l’abandon du soutien aux rebelles du M23.
À travers cette prise de position, le président Tshisekedi place le multi-alignement au cœur de la politique étrangère congolaise. En d’autres termes, le Congo a fait le choix de coopérer en même temps avec plusieurs puissances comme les États-Unis d’Amérique, la Russie, la Chine et l’Union européenne.
Par ailleurs, ce choix porté sur le multi-alignement n’est pas le fait du hasard. Il découle même de la nature de l’État congolais depuis sa création en 1885. Déjà à l’époque et dans son ADN, l’État congolais était le produit de l’équilibre entre les grandes puissances de l’époque.
De la conférence de Berlin de 1885 à l’indépendance du Congo en 1960
L’État congolais est un cas unique dans l’histoire de la construction étatique. Il fut un État souverain avant d’être une colonie belge. En effet, lors de la conférence de Berlin sur le bassin du fleuve Congo, du 15 novembre 1884 au 26 février 1885, les 14 puissances de l’époque se sont réunies dans la capitale allemande, Berlin, pour statuer sur leurs sphères d’influence sur le continent africain.
Profitant de ses relations avec les États-Unis d’Amérique et d’autres monarchies européennes, Léopold II, roi des Belges, demanda aux grandes puissances, en janvier 1884, de reconnaître son Association internationale du Congo comme un État libre du Congo (Congo Free State). La première puissance à répondre à sa demande fut les États-Unis, qui reconnurent le drapeau de l’Association internationale du Congo (AIC) à l’égal de celui d’un gouvernement ami en avril 1884, écrit Jean Stengers dans Congo, mythes et réalités. Les Américains seront suivis par les Allemands en novembre 1884. La France fut sollicitée à travers l’octroi du droit de préférence en avril 1884. Elle était devenue l’héritière présomptive des possessions de l’Association internationale du Congo.
En tout état de cause, de 1885 à 1908, Léopold II constitua un État indépendant du Congo (Congo Free State), placé sous le gouvernement personnel du roi Léopold II. Après avoir commis un holocauste au Congo, les puissances qui étaient à Berlin décidèrent d’annexer le Congo à la Belgique en 1908. Le Congo devint une colonie belge et conservera ce statut d’équilibre entre toutes les grandes puissances présentes à la conférence de Berlin de 1885 jusqu’en 1960, date de son indépendance.

Le Congo indépendant dans le monde bipolaire

L’indépendance du Congo, le 30 juin 1960, a coïncidé avec l’émergence de la guerre froide entre l’Union soviétique et l’Occident, avec en tête les États-Unis. La politique des blocs géopolitiques s’installe : choisir son camp. Après la période d’affrontements entre les politiciens congolais capitalistes et communistes, la victoire du camp occidental est devenue une réalité.
Le 24 novembre 1965, le général Désiré Mobutu, protégé du camp occidental, prend le pouvoir par un coup d’État militaire, endosse les habits du rempart de la lutte contre le communisme et devient défenseur des intérêts occidentaux en Afrique. Par conséquent, le nouveau président va rompre ses relations diplomatiques avec l’Union soviétique et ses alliés. Sous le parapluie américain, il va mener une lutte acharnée contre le communisme en soutenant le mouvement UNITA, de mouvance capitaliste, contre le MPLA, de mouvance communiste, en Angola.
Avec la fin de la guerre froide et l’éclatement de l’Union soviétique au début des années 1990, une période d’un monde unipolaire est conduite par les États-Unis. Cette période reste marquée par la reprise des relations diplomatiques du Congo avec plusieurs anciens pays communistes, en commençant par la Russie, héritière de l’Union soviétique. C’est la fin de la politique d’alignement sur les États-Unis.

Politique étrangère de multi-alignement dans un monde multipolaire

Après plus de dix ans de monde unipolaire sous l’hégémonie américaine, une période de transition de puissance s’ouvre avec l’émergence de la Chine comme superpuissance face aux États-Unis, suivie de la renaissance de la Russie sous Vladimir Poutine. L’une des caractéristiques de cette transition de puissance est que la Chine ne veut pas remplacer les États-Unis comme puissance hégémonique. Elle, comme la Russie, prône un monde multipolaire. Un autre élément important à signaler : le centre du monde se déplace vers l’Eurasie, écrit Hal Brands dans son essai The Eurasian Century.
Dans cette nouvelle configuration, la Chine, absente à la conférence de Berlin de 1885, s’invite dans la géopolitique congolaise actuelle. Les 14 puissances de l’époque de Berlin s’effacent au profit de trois grandes puissances : la Chine et les États-Unis, en compétition pour le contrôle des minerais critiques congolais, et la Russie, en puissance observatrice. D’autres puissances moyennes émergentes sur l’échiquier géopolitique congolais sont : la Turquie, l’Union européenne, les pays du Golfe, l’Inde, Israël, la Corée du Sud…
Cette complicité de la concurrence dans un monde multipolaire offre à la RDC une plus grande marge de manœuvre que du temps de l’unipolarité imposée par les États-Unis après la guerre froide.
En tout état de cause, pour survivre dans un tel monde, le multi-alignement devient une norme, à deux conditions.
Première condition : rétablir un équilibre entre les divers partenaires sans s’engager pleinement envers un seul pays ou bloc.
Deuxième condition : jouer sur les rivalités entre la Chine, les États-Unis et la Russie pour renforcer sa position et définir clairement les intérêts nationaux.
C’est la seule façon pour Félix Tshisekedi de naviguer dans le nouvel âge de la concurrence entre grandes puissances.
Et pour cela, il faudra doter la RDC d’un État moderne avec une élite à la hauteur des ambitions.
Freddy Mulumba Kabuayi

L’indépendance du Congo, le 30 juin 1960, a coïncidé avec l’émergence de la guerre froide entre l’Union soviétique et l’Occident, avec en tête les États-Unis. La politique des blocs géopolitiques s’installe : choisir son camp. Après la période d’affrontements entre les politiciens congolais capitalistes et communistes, la victoire du camp occidental est devenue une réalité.
Le 24 novembre 1965, le général Désiré Mobutu, protégé du camp occidental, prend le pouvoir par un coup d’État militaire, endosse les habits du rempart de la lutte contre le communisme et devient défenseur des intérêts occidentaux en Afrique. Par conséquent, le nouveau président va rompre ses relations diplomatiques avec l’Union soviétique et ses alliés. Sous le parapluie américain, il va mener une lutte acharnée contre le communisme en soutenant le mouvement UNITA, de mouvance capitaliste, contre le MPLA, de mouvance communiste, en Angola.
Avec la fin de la guerre froide et l’éclatement de l’Union soviétique au début des années 1990, une période d’un monde unipolaire est conduite par les États-Unis. Cette période reste marquée par la reprise des relations diplomatiques du Congo avec plusieurs anciens pays communistes, en commençant par la Russie, héritière de l’Union soviétique. C’est la fin de la politique d’alignement sur les États-Unis.
Politique étrangère de multi-alignement dans un monde multipolaire
Après plus de dix ans de monde unipolaire sous l’hégémonie américaine, une période de transition de puissance s’ouvre avec l’émergence de la Chine comme superpuissance face aux États-Unis, suivie de la renaissance de la Russie sous Vladimir Poutine. L’une des caractéristiques de cette transition de puissance est que la Chine ne veut pas remplacer les États-Unis comme puissance hégémonique. Elle, comme la Russie, prône un monde multipolaire. Un autre élément important à signaler : le centre du monde se déplace vers l’Eurasie, écrit Hal Brands dans son essai The Eurasian Century.
Dans cette nouvelle configuration, la Chine, absente à la conférence de Berlin de 1885, s’invite dans la géopolitique congolaise actuelle. Les 14 puissances de l’époque de Berlin s’effacent au profit de trois grandes puissances : la Chine et les États-Unis, en compétition pour le contrôle des minerais critiques congolais, et la Russie, en puissance observatrice. D’autres puissances moyennes émergentes sur l’échiquier géopolitique congolais sont : la Turquie, l’Union européenne, les pays du Golfe, l’Inde, Israël, la Corée du Sud…
Cette complicité de la concurrence dans un monde multipolaire offre à la RDC une plus grande marge de manœuvre que du temps de l’unipolarité imposée par les États-Unis après la guerre froide.
En tout état de cause, pour survivre dans un tel monde, le multi-alignement devient une norme, à deux conditions.
Première condition : rétablir un équilibre entre les divers partenaires sans s’engager pleinement envers un seul pays ou bloc.
Deuxième condition : jouer sur les rivalités entre la Chine, les États-Unis et la Russie pour renforcer sa position et définir clairement les intérêts nationaux.
C’est la seule façon pour Félix Tshisekedi de naviguer dans le nouvel âge de la concurrence entre grandes puissances.
Et pour cela, il faudra doter la RDC d’un État moderne avec une élite à la hauteur des ambitions.
Freddy Mulumba Kabuayi

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