Affaire Dr Balanganayi : sentence des réseaux ou rigueur du serment d’Hypocrate (Par Maître Idriss-Ghislain Okenge Konga et Professeur Félix Momat)

Kinshasa, 29 mars 2026 (ACP)-Deux thèses s’affrontent autour des actes de violences du Dr David Balanganayi dans la salle d’accouchement,  afin de sauver une femme en détresse. Deux thèses que les juges vont devoir trancher. ACP met les deux positions côte à côte.

La sentence des réseaux sociaux

Imaginez un instant le chaos d’une salle de naissance où la vie vacille; Imaginez une mineure, primipare, terrifiée par la douleur d’enfantement puis par un accouchement difficile et dont le corps se vide de son sang.

On est en face d’une accouchée mineure qui est dans un état de délire que la science nomme : psychose obstétricale (dans crt était, il arrive que certaines femmes se mettent à débiter des insanités, des insultes, voire afficher un comportement violent).

Dans cet état, l’accouchée  mineure repousse violemment tous  ceux qui tentent de la soigner, malgré une hémorragie abondante.

Le décor est celui  d’impuissance et de mort imminente. Le Dr Balanganayi a dû poser un acte salvateur. 

Il convient de relever qu’avant son intervention, trois de ses  confrères et plusieurs sages-femmes avaient déjà abdiqué, incapables de maîtriser la résistance de l’accouchée. Tous étaient dépassés par la résistance violente de la fille-mère.

Le dilemme

Rester passif, sous prétexte du refus d’une patiente hors d’état de raisonner, aurait constitué une double faute :

– La violation du serment d’Hippocrate, qui impose de soigner en toute circonstance;

– Une non-assistance à personne en danger, puisque le pronostic vital était engagé à très court terme

Mais pour le DR Balanganayi, laisser mourir cette jeune fille sous prétexte qu’elle refusait les soins n’était pas une option. C’eût été une trahison de son serment, un abandon lâche.

Un autre dilemme

La formation hospitalière où exerce le Dr Balanganayi est dépourvue d’anesthésie! Ajoutons à cela la pression du temps !  Et pendant ce temps juste à la porte de la salle d’accouchement, trois autres femmes hurlaient leur propre détresse, attendant dans les larmes et l’urgence que le DR Balanganayi  se libère pour qu’il leur sauve la vie à leur tour.

À l’intérieur, l’accouchée mineure continuait, dans son  hystérie suicidaire, à résister aux soins, ignorant que chaque seconde perdue  rapprochait un peu plus de la mort, non seulement elle, mais aussi les trois autres femmes et leurs bébés qui devraient naître.

La violence légitime

Face à l’obstination de la mort, il a fallu un électrochoc. Quelques gifles, des cris  d’intimidation, étaient sans doute des actes de violence mais c’était pour rompre l’hystérie dont la jeune accouchée était en proie.  Ils ne constituaient nullement de la maltraitance. C’était une méthode de coercition à des fins thérapeutiques.

Il fallait briser la transe de la peur pour ramener cette jeune fille à la réalité. Ce fut le seul moyen, brutal certes mais vital, pour la contraindre à monter sur la table d’accouchement.

Ce n’était pas un geste de colère. D’ailleurs, c’est grâce à cette intervention de la dernière chance, que l’hémorragie a été stoppée par une suture pratiquée tranquillement.

En droit : état de nécessité

Le Droit appelle cela : État de nécessité.

L’état de nécessité est ici cristallisé. L’acte reproché au DR Balanganayi était l’unique moyen de sauver la vie de la jeune accouchée.

En effet, l’état de nécessité est une cause d’irresponsabilité pénale (fait justificatif) où une personne accomplit un acte illégal pour éviter un danger actuel ou imminent à elle-même ou à autrui. Il s’applique lorsque la violation de la loi est l’unique moyen de sauvegarder un intérêt supérieur.

En conséquence, l’irresponsabilité pénale du DR Balanganayi est établie.

Toute tentative de justification d’un acte de violence physique sur une patiente relève d’une dérive grave traduisant à la fois une ignorance du droit positif et une perversion des fondements éthiques de la médecine. En droit pénal, nul ne peut se prévaloir d’un « état de nécessité » pour infliger une atteinte corporelle à autrui lorsque d’autres moyens licites étaient possibles. L’article 17 du Code pénal, en reconnaissant cette cause d’irresponsabilité, protège celui qui agit pour éviter un danger imminent, mais non celui qui exerce une contrainte physique ou psychologique sur un patient, fût-ce sous couvert de finalité thérapeutique. Assimiler une gifle, une contention non justifiée ou toute agression physique à un acte médical reviendrait à substituer la violence à la raison et la domination à la bienfaisance.

Sur le plan déontologique, le Code de déontologie médicale impose au praticien le double devoir de respect de la dignité et de l’intégrité physique du patient. Ces principes s’enracinent dans la conception même du soin comme relation de confiance, fondée sur la volonté libre et le consentement éclairé du malade. La moindre atteinte à ce consentement, encore plus lorsqu’elle prend la forme d’une violence physique, constitue une violation du principe de non-malfaisance ( primum non nocere ) et porte atteinte à l’essence morale de la profession médicale. Aucune provocation, désobéissance ou agitation du patient ne saurait justifier un acte contraire à la dignité humaine ; la maîtrise émotionnelle et la proportionnalité des moyens d’intervention font partie intégrante de la compétence professionnelle.

En outre, la justification de la violence introduit un risque de glissement moral particulièrement dangereux : elle transforme le pouvoir thérapeutique en pouvoir coercitif, effaçant la frontière entre le soin et la contrainte, entre la médecine et la punition. Un tel glissement compromet le lien de confiance entre le corps médical et la société, qui repose sur l’assurance que le médecin agit toujours dans l’intérêt du patient et jamais contre lui. La légitimité du médecin, plus encore que son autorité technique, s’enracine dans la reconnaissance de cette responsabilité morale. En niant cette exigence, on détruit non seulement la crédibilité du praticien, mais aussi la vocation humaniste de la médecine elle-même.

Maître Idriss-Ghislain Okenge Konga et Professeur Félix Momat

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