RDC : une politique étrangère environnementale recommandée pour renforcer la puissance internationale du pays

Kinshasa, 9 octobre (ACP).- L’élaboration d’une politique étrangère environnementale de puissance (PEEP) a été recommandée vendredi, à la République démocratique du Congo(RDC), lors d’une soutenance de thèse doctorale à l’Université pédagogique nationale (UPN), à Kinshasa, afin de transformer le potentiel écologique du pays en levier d’influence internationale.

« La RDC est une puissance environnementale potentielle dont l’essor dépend de l’élaboration d’une politique étrangère environnementale de puissance », a indiqué Stanis Menji, doctorant.

Dans sa présentation, il a mis en évidence le paradoxe entre l’importance du patrimoine naturel congolais pour l’équilibre climatique mondial et les retombées limitées dont bénéficie le pays.

Intitulée « La République démocratique du Congo face aux enjeux géopolitiques des changements climatiques : nécessité d’élaboration d’une politique étrangère environnementale de puissance », cette recherche a examiné les moyens permettant au pays de valoriser ses ressources forestières et ses écosystèmes dans les relations internationales.

« Le fait pour un pays de posséder des ressources dans un secteur donné ne suffit pas pour qu’il soit puissant. Il sied de souligner que ces ressources doivent être transformées en enjeu de prestige et d’influence », a expliqué M. Menji.

Le doctorant  et chef de travaux a, à cet effet, insisté sur la nécessité pour la RDC de convertir son patrimoine naturel en avantages stratégiques sur la scène internationale.

L’auteur a souligné que les forêts congolaises contribuent à la régulation du climat et à la préservation de la biodiversité, sans que le pays tire suffisamment profit des services environnementaux rendus à l’échelle mondiale. Il a relevé que les financements obtenus sont principalement destinés à des projets de lutte contre la déforestation et de restauration des terres, plutôt qu’à une rémunération directe de sa contribution à l’équilibre climatique.

La recherche a également relevé plusieurs obstacles à cette valorisation, notamment la mauvaise gouvernance, l’instabilité politique et institutionnelle, la corruption, les conflits armés ainsi que les insuffisances des mécanismes de gestion et de protection du patrimoine environnemental.

« La RDC est un pivot géopolitique dans le cadre des changements climatiques et une potentielle puissance internationale », a affirmé le chef de travaux, estimant que l’importance de ses ressources forestières devrait lui permettre de jouer un rôle plus actif dans les négociations climatiques et les rapports de force internationaux.

Pour remédier à cette situation, il a préconisé une réforme de la politique étrangère congolaise, afin d’y intégrer les enjeux environnementaux comme une priorité stratégique. Cette orientation viserait notamment à renforcer la protection des écosystèmes, à mobiliser des financements au profit du Trésor public et à accroître l’influence diplomatique du pays.

« La RDC doit opérer un changement au sein de son appareil de politique étrangère afin d’y intégrer la dimension environnementale », a-t-il recommandé, précisant que cette démarche devrait contribuer à la promotion de la biodiversité, à la sécurisation du patrimoine naturel et à la recherche de financements issus des services environnementaux.

Parmi les mesures proposées figurent la création d’un marché national du carbone, la mise en place d’un fonds souverain de l’environnement, l’instauration de paiements pour les services écosystémiques et la constitution d’alliances stratégiques avec les partenaires internationaux.

Le chercheur a également plaidé pour la création d’un mécanisme institutionnel chargé de coordonner la gouvernance environnementale et l’action climatique de la RDC, ainsi que pour le renforcement des capacités administratives, diplomatiques et sécuritaires nécessaires à la protection des ressources naturelles.

« La RDC est appelée à adopter une posture d’État proactif, surtout dans le domaine de l’environnement, afin d’éviter de subir les décisions des autres », a-t-il soutenu, appelant le pays à rechercher davantage de prestige et d’influence sur la scène internationale, notamment par des initiatives diplomatiques et une gouvernance environnementale exemplaire.

Au niveau national, Stanis Menji a insisté sur la nécessité d’instaurer une bonne gouvernance, de lutter contre la corruption, de consolider la stabilité politique et institutionnelle et de rétablir la paix sur l’ensemble du territoire national. Il a estimé que ces conditions étaient indispensables à la mise en œuvre d’une politique environnementale efficace et à la mobilisation des investissements.

La thèse a conclu que la possession d’importantes ressources naturelles ne suffit pas à garantir la puissance d’un État. Leur transformation en influence stratégique nécessite des institutions efficaces, une gouvernance transparente, une stabilité politique et des mécanismes diplomatiques et financiers adaptés.

Cette étude a présenté ainsi la politique étrangère environnementale de puissance comme une voie permettant à la RDC de mieux défendre ses intérêts nationaux tout en contribuant à la lutte mondiale contre les changements climatiques. 

Après débat et délibération, le candidat a été proclamé docteur en Relations internationales, avec mention « grande distinction ».

ACP/NS

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