Trois questions à la Dr Marilou Oniemba, du Programme élargi de vaccination, sur le vaccin antipaludique en RDC

Kinshasa, 19 août 2026 (ACP).- La Journée mondiale du moustique célébrée le 20 août de chaque année, constitue une occasion propice pour la République démocratique du Congo (RDC) de dresser le bilan du déploiement de sa vaccination antipaludique. En effet, moins de deux ans après l’introduction historique du vaccin R21/Matrix-M dans son calendrier de routine, le pays accélère l’extension progressive des doses dans ses provinces, ciblant en priorité les enfants de moins de 5 ans, principales victimes de l’anophèle. Face à un fardeau sanitaire encore lourd, cette arme immunologique majeure reste un outil additionnel : l’éradication de la maladie dépendra du maintien strict des gestes barres environnementaux et de l’usage des moustiquaires. 

Pour se faire une idée claire à ce sujet, l’ACP s’est résolue d’approcher une experte en la matière. Il s’agit de la Dr Marilou Oniemba, point focal pour la vaccination antipaludique au Programme élargi de vaccination (PEV) en RDC. Elle a fait le point sur la situation générale de la vaccination antipaludique dans le pays à travers Trois questions ci-après : 

Question 1: L’humanité toute entière célèbre le 20 août de chaque année, la Journée mondiale du moustique. La grande nouveauté cette année en RDC, c’est l’introduction du vaccin contre le paludisme. Mais le moustique reste le vecteur de la maladie. Est-ce que vous ne craignez pas que l’arrivée de ce vaccin pousse les parents à baisser la garde en abandonnant l’utilisation des moustiquaires imprégnées ? Comment le PEV et le Programme national de lutte contre le Paludisme (PNLP) s’organisent-ils pour ne pas en arriver ? 

Dr Marilou Oniemba : Le vaccin contre le paludisme est désormais disponible. Le Programme Élargi de Vaccination (PEV) l’introduit progressivement dans les structures sanitaires. À ce jour, ce vaccin est administré dans 22 provinces de la République Démocratique du Congo (RDC), où toutes les structures de soins concernées en disposent. Les 4 provinces restantes sont Kinshasa, le Haut-Katanga, le Nord-Kivu et le Sud-Kivu. 

La vaccination vient en renfort des piliers de lutte existants. Si l’arrivée du vaccin constitue une avancée majeure, elle ne signifie pas pour autant l’abandon des autres moyens de prévention. Nous encourageons vivement l’association du vaccin avec les autres mesures protectrices, à savoir : dormir sous une moustiquaire imprégnée d’insecticide (MII) et assurer l’assainissement du milieu afin de freiner la propagation de la maladie. 

Le vaccin ne remplace ni les moustiquaires imprégnées, ni l’assainissement de l’environnement, ni les autres mesures barrières. Nous devons donc poursuivre la sensibilisation des parents pour leur faire comprendre que toutes ces interventions sont complémentaires. Même après la vaccination, la moustiquaire reste un bouclier essentiel contre les piqûres de moustiques et, par conséquent, contre la transmission du paludisme. 

Enfin, le PEV et le Programme national de lutte contre le Paludisme (PNLP) travaillent en étroite collaboration. Une coordination solide nous réunit pour mener ensemble les formations et concevoir les messages de sensibilisation. Historiquement et techniquement, le PNLP est un « enfant » du PEV.

Question 2 : La RDC est un pays continent avec des défis d’accès majeurs. Les premières doses ont été administrées, mais qu’en est-il des enfants qui vivent dans les zones de santé les plus reculées ou enclavées ? Concrètement, quels moyens logistiques le PEV déploie-t-il aujourd’hui pour que ce vaccin ne soit pas un privilège réservé uniquement aux grands centres urbains ?

Dr Marilou Oniemba : La vaccination prône l’équité. Le vaccin antipaludique est introduit en routine et son approvisionnement se fait en même temps que celui des autres vaccins de routine, du niveau central jusqu’au dernier kilomètre. Le PEV met en place une stratégie pour que le vaccin contre le paludisme atteigne également les enfants vivant dans les zones de santé reculées et enclavées. Par conséquent, ce vaccin n’est pas seulement réservé aux grandes villes. Pour ce faire, les actions clés consistent à : « renforcer la chaîne du froid, l’acheminement des vaccins vers les provinces et les zones de santé, ainsi que les stratégies avancées et mobiles pour rapprocher les équipes de vaccination des communautés éloignées ».

Question 3 : Ce nouveau vaccin impose un rythme lourd : il faut quatre doses, administrées sur plusieurs mois, ce qui allonge considérablement le calendrier vaccinal des nourrissons. On sait que le taux d’abandon est souvent élevé entre les différentes vagues de vaccination. Quelle est la stratégie du PEV pour convaincre les mamans de revenir jusqu’à la quatrième dose et éviter le phénomène des enfants « zéro dose » ?

Dr Marilou Oniemba : Ici, il ne s’agit pas du terme « zéro dose », mais plutôt de « sous-vaccinés ». Le PEV se focalise sur la sensibilisation communautaire des mères et des gardiens d’enfants en faveur du VAP, afin de réduire le taux d’abandon entre les doses. De plus, il faut retenir que la quatrième dose du VAP s’administre en même temps que la deuxième dose du vaccin combiné Rougeole-Rubéole(RR).

ACP/

Fil d'actualités

Sur le même sujet