Inongo, 06 avril 2026 (ACP).- Le projet REDD+ du Maï-Ndombe suscite un vif débat sur la rentabilité et la gestion des crédits carbone issus de la réduction de la déforestation en République démocratique du Congo (RDC).
Au cœur du dispositif figure le Contrat d’achat et de vente de réductions d’émissions (CAVRE/ERPA) du Maï-Ndombe, conclu entre le gouvernement congolais et la Banque mondiale, qui prévoit des paiements basés sur les résultats obtenus dans la lutte contre les émissions liées à la déforestation.
Pour éclairer cette question d’intérêt public, l’Agence congolaise de presse (ACP) a consulté Yves Bolokole, enseignant-chercheur à l’Institut supérieur pédagogique d’Inongo (ISP/Inongo).
Question 1 : Quel est le volume total de crédits carbone certifiés à ce jour, et quelle part n’a pas encore été transférée au Fonds de partenariat pour le Carbone Forestier (FCPF) ?
Yves Bolokole : » A présent, le volume total des réductions d’émissions certifiées pour le Maï-Ndombe s’élève à 5 565 432 tonnes équivalant CO₂ (tCO₂e). La Banque mondiale, via le FCPF, a acquis 3 895 802 tCO₂e, soit 70 % du volume total certifié. Le solde de 1 669 630 tCO₂e (représentant 30 %) constitue un crédit excédentaire restant la propriété de la RDC.
Question 2 : Quel est le statut juridique et institutionnel des 30 % restants, et quel mécanisme est prévu pour leur gestion et leur commercialisation sur le marché ?
Yves Bolokole : Juridiquement, ces 30 % constituent un actif public de la RDC, conformément aux clauses du contrat d’achat-vente de réductions d’émissions conclu dans le cadre du programme. Institutionnellement, leur gestion relève des autorités nationales désignées, en coordination avec les structures du projet (ministères compétents et 5 UC-PIF), selon le Plan de partage des bénéfices établi.
Sur le plan opérationnel, les crédits excédentaires seront consignés et publiés dans le registre national des émissions préalablement à toute cession ; tout transfert sera conditionné à une vérification, un enregistrement et une conformité aux standards internationaux.
Question 3 : Quelles modalités de collaboration, d’acquisition ou de partenariat sont envisagées pour l’accès à ces crédits, et quelles garanties sont prévues pour que les revenus bénéficient effectivement aux communautés locales ?
Yves Bolokole : La RDC, en tant que propriétaire des crédits excédentaires, est libre d’en négocier la cession auprès de l’acheteur de son choix. C’est à ce niveau que les acteurs provinciaux peuvent intervenir, car la priorité ne doit pas être la renégociation du contrat avec la Banque mondiale, mais plutôt l’amélioration des performances environnementales sur le terrain et enfin, la proposition de transformer les 30 % de crédits en un fonds de garantie dynamique dédié au financement de projets prioritaires pour la province du Maï-Ndombe.
ACP/JF

