Kinshasa, 20 septembre 2026(ACP).- Des cas d’accidents de circulation et d’incendies sont récurrents à travers les villes de la République démocratique du Congo dont celui qui a causé la mort de 27 élèves à Bukavu. Pour sauver des vies humaines par des premiers gestes de secours en pareille circonstance, l’ACP s’est entretenue avec le professeur Docteur Dieudonné Steve Tulantche Mingina, médecin urgentiste au Centre hospitalier universitaire du Cinquantenaire de Kinshasa et Professeur à la faculté de médecine de l’Université protestante du Congo. Ci-après les Trois questions à son intention :
ACP 1: Professeur Docteur Tulantche, en votre qualité de médecin urgentiste, quels sont les premiers gestes de secours à appliquer en cas d’accidents de circulation ou d’incendies survenus dans un milieu quelconque d’autant plus que ces incidents sont devenus monnaie courante à travers le pays ?
Professeur Docteur Tulantche : Merci pour la question. Je voudrais par ce message présenter mes condoléances à toutes les familles éprouvées au cours de ces dernières semaines à cause des incendies ici à Kinshasa, à Bukavu et partout dans la République.
Etant Professeur en médecine d’urgence et enseignant des cours de premiers secours, notre contribution est importante pour sauver le plus de vie possible.
En marge de la journée mondiale des premiers secours, célébrée le 12 septembre, votre invitation est un apport significatif. En effet, le premier principe des premiers secours c’est la protection, protection du sauveteur et protection de la scène. Avant de porter assistance, il faut une évaluation rapide et sûre de la scène : incendie encore actif, présence de risque d’explosion ou de contagion, etc.
Dans ce principe de protection, il sied de délimiter la zone de l’incident et décider de dégager les victimes si le danger n’est pas contrôlable ou de supprimer le danger s’il est contrôlable.
En cas d’accident de circulation avec danger immédiat, le déplacement des victimes doit maintenir l’immobilisation du rachis cervical et éviter des lésions de la colonne vertébrale.
Ensuite, il faut évaluer les victimes : sont-ils conscients ou inconscients et rechercher les signes de gravité : étouffement, blessure, saignement, brûlure, arrêt cardio-respiratoire.
Enfin, le traitement de chaque cas ci-haut doit suivre le principe de triage établit par l’OMS, en accordant la priorité aux victimes dont la vie est directement menacée.
ACP 2: Il est certes difficile de parler des cas d’incendies ou d’accidents de circulation zéro au sein des communautés. Néanmoins, que préconisez-vous pour réduire au maximum la survenue de ces accidents en RDC?
Professeur Docteur T.: Le drame de Bukavu et les incendies qui ont eu lieu à Kinshasa nous interpellent énormément. On se
rend compte qu’un incident avec plusieurs victimes qui paniquent et manquent de voie de sortie peut rapidement devenir une catastrophe. Ainsi, la préparation aux catastrophes doit être bien organisée.
La prévention des accidents de circulation et des incendies doit précéder les réponses en cas de crise.
Nous devons arrêter cette culture basée sur la réaction après le drame et développer une véritable culture de prévention et de sécurité.
Pour les accidents de circulation, ça passe notamment par :
le respect obligatoire du code de la route; la lutte contre les vitesses excessives; la lutte contre la conduite sous stupéfiants et alcool; le port systématique de la ceinture de sécurité ou des casques pour les motocyclistes; le contrôle technique et l’entretien régulier des véhicules.
Néanmoins, tous les usagers de la route doivent aussi adopter une attitude responsable et doivent jouir d’une protection évidente car ils constituent une part importante de décès lié aux accidents de circulation selon OMS : les piétons, les cyclistes, les handicapés.
Pour prévenir les incendies, il faut renforcer la prévention des risques électriques et domestiques, assurer des installations électriques qui respectent les normes, sécuriser les sources d’énergies et les substances inflammables, éviter les surcharges électriques et prévoir les issues de secours.
En effet, chaque maison, école, église, lieux de rassemblement et entreprises doit être équipée d’extincteurs et développer des exercices de simulation.
Je voudrais que chaque institution identifie clairement les voies de sortie et les plans d’évacuation en cas d’incendie.
Enfin, il faut contacter les experts que nous sommes pour la formation aux premiers secours afin que les enseignants, les leaders et même des bénévoles soient formés au niveau de la communauté. Un citoyen bien formé peut apporter une assistance sécurisée avant l’arrivée des secours professionnels en protégeant les victimes, en les aidant à garder leur calme, en les orientant vers les issues de secours, en identifiant les signes de gravité et en faisant un triage normé.
ACP 3: Selon vous Professeur, quelles sont les principales causes des incendies et accidents de circulation souvent enregistrés dans divers coins du pays ?
Docteur Professeur T.: Ces drames résultent d’une combinaison de plusieurs facteurs : humains, environnementaux, techniques, sociaux et organisationnels.
Pour les accidents de circulation, parmi les facteurs importants, nous pouvons citer la vitesse excessive, le non-respect du code de la route, la conduite sous l’influence de l’alcool ou de substances, la fatigue, l’utilisation du téléphone au volant, le mauvais état de certains véhicules, le non-port du casque ou de la ceinture et les comportements dangereux sur la voie publique.
Il faut également considérer l’environnement routier : état des routes, éclairage insuffisant, signalisation, présence de piétons sur les voies, encombrement de la circulation et organisation des transports. La sécurité routière est donc une responsabilité collective et ne peut pas être réduite à la seule responsabilité du conducteur.
Concernant les incendies, les causes peuvent être liées aux installations électriques défectueuses ou surchargées, aux court-circuits, aux appareils de cuisson, aux combustibles mal conservés, aux bougies ou autres sources de flammes, ainsi qu’à l’absence de dispositifs adaptés de prévention et d’extinction.
Mais il existe également un facteur souvent négligé : l’organisation des lieux. Un incendie dans un bâtiment densément occupé, avec une seule sortie, des passages étroits, des portes difficiles à ouvrir ou l’absence de plan d’évacuation peut provoquer beaucoup plus de victimes que le feu lui-même.
Le drame récent de Bukavu et les incendies de Kinshasa nous rappellent justement que, lors d’un incendie, les décès peuvent être liés non seulement aux flammes, mais également à l’inhalation de fumées, à l’asphyxie et aux mouvements (bousculades) de foule en panique. Les premières informations disponibles concernant cet événement font état de victimes décédées dans ces circonstances. ACP/MAM.

