Il est des soirs où une nation entière retient son souffle. À la veille du match décisif de ce mardi 31 mars, qui pourrait ouvrir à la République démocratique du Congo les portes du prochain Mondial, le pays se contracte, se rassemble, se projette. Le football, ici, n’est jamais un simple spectacle. Il est une manière d’exister ensemble, une respiration collective dans un pays vaste, contrasté, parfois fracturé mais toujours vibrant.
La Fédération congolaise de football : l’autre match
Dans cette tension autour du match qui pourrait donner un ticket pour la Coupe du monde, un autre rendez-vous se joue, moins visible mais tout aussi structurant : celui de la présidence de la Fédération congolaise de football. Et, dans les conversations comme dans les cercles d’influence, un nom revient avec insistance, celui de Véron Mosengo-Omba.
Sa trajectoire, à elle seule, raconte une certaine idée du Congo contemporain. Né à Kinshasa, formé en Europe, passé par l’UEFA, la FIFA puis propulsé au cœur du pouvoir africain en devenant secrétaire général de la Confédération Africaine de Football (CAF), il appartient à cette génération de dirigeants qui ont appris à naviguer dans les architectures globales avant de songer à les réinvestir depuis leur pays d’origine. Un homme de réseaux, de normes, de méthode. Un homme du système, au sens plein du terme.
Après trois décennies consacrées à la Confédération Africaine de Football, il revient à son cher Congo
Son départ récent de la CAF, après plus de trois décennies consacrées au football international, ne relève pas du retrait mais du mouvement. « Je peux me retirer sereinement […] en laissant une CAF prospère comme jamais », écrit-il, dans une formule à la fois sobre et lourde de sous-entendus, le week-end dernier. Car il ne s’agit pas de quitter la scène. Il s’agit de changer d’échelle.
Ce retour vers la RDC n’a rien d’un réflexe sentimental. Il s’inscrit dans un moment précis, presque historique, où le pays redéfinit progressivement sa place – y compris dans le sport. Le football congolais, riche d’un vivier exceptionnel, n’a jamais manqué de talents. Il a en revanche souvent manqué de structures, de continuité, de crédibilité. C’est précisément sur cette faille que se positionne Véron Mosengo-Omba.
Son projet n’est pas celui d’un dirigeant classique. Il ne s’agit pas seulement de gérer une fédération ou d’aligner des résultats. Il s’agit de transformer un écosystème. Structurer les compétitions nationales, professionnaliser les clubs, investir dans la formation, assainir la gouvernance, restaurer la confiance des partenaires : autant de chantiers qui dépassent largement le cadre du sport. Le football devient alors un levier économique, un outil d’influence, un instrument de projection nationale.
L’hommage de Gianni Infantino, président de la FIFA
Dans cette perspective, son parcours international n’est pas un ornement : il est une clé. Et c’est ce que souligne, avec une rare intensité, le président de la FIFA, Gianni Infantino. Leur relation remonte à leurs années étudiantes à Fribourg. « Véron était le premier Africain que je voyais de ma vie. Il défendait déjà les droits de l’Afrique avec force », confie-t-il.
Une phrase simple, presque anodine, mais qui dit l’essentiel : la constance d’un engagement, la précocité d’une vision.
Gianni Infantino évoque aussi « l’histoire d’un enfant de Kinshasa devenu l’un des dirigeants majeurs du football mondial ». Derrière l’hommage, un signal politique. Dans un univers où la légitimité se construit sur le temps long, cette reconnaissance vaut adoubement.
Faire de la RDC un très grand pays du football
Reste une question, que personne n’élude vraiment : peut-on transformer un système sans en être issu ? Car Véron Mosengo-Omba n’est pas un produit du football congolais local. Il n’en maîtrise pas toutes les subtilités, toutes les inerties, tous les équilibres. Mais c’est peut-être précisément ce qui le rend intéressant. Il arrive sans dette, sans passé encombrant, avec des standards forgés ailleurs. Il apporte une culture de gouvernance là où dominent encore trop souvent les logiques de court terme.
Le risque existe, certes. Toute tentative de réforme profonde suscite des résistances. Mais l’opportunité est plus forte encore : celle d’un alignement entre un talent national incontestable et une exigence internationale devenue incontournable.
Au fond, tout se joue dans cette simultanéité troublante. Un match décisif pour une qualification mondiale. Une ferveur populaire à son comble. Un État qui cherche à structurer ses leviers d’influence. Et, au cœur de cette séquence, un homme qui incarne à la fois le dehors et le retour.
Le football congolais est à la croisée des chemins. Il peut rester une passion, intense mais encore fragile. Ou devenir une puissance, organisée et durable. Véron Mosengo-Omba propose de franchir ce seuil.
Par la rédaction de L’Hémicycle

