La RDC au cœur de la compétition des grandes puissances : Chine, Etats-Unis et Europe (Tribune de Freddy Mulumba)

Selon Da Wei, professeur à l’Université Tsinghua, la Chine, l’Europe et les États-Unis sont les trois acteurs qui détermineront l’avenir du monde. La Chine, puissance montante, et les États-Unis, hégémonie établie, s’affrontent à travers de profonds différends économiques, une compétition technologique à somme nulle et le risque d’un conflit géopolitique autour de Taïwan (Foreign Affairs, 17 avril 2026).

Bien que l’Union européenne soit classée parmi les grandes puissances, son économie dépend davantage de la Chine que des États-Unis. Selon le Global Times, son déficit commercial avec la Chine aurait atteint 360 milliards d’euros en 2025. Une grande partie du commerce entre la Chine et l’Europe provient des entreprises européennes implantées en Chine. L’Allemagne, moteur de l’économie européenne, y compte environ 5 200 entreprises. Celles-ci approvisionnent le marché chinois, mais exportent aussi 40% de leur production

Les exportations chinoises vers l’Europe sont dominées par les véhicules électriques, les panneaux photovoltaïques et les batteries au lithium. Les États-Unis restent cependant le premier marché d’exportation de l’Europe, représentant près de 20% de ses exportations en 2026. Washington demeure également le principal fournisseur de capital-risque aux jeunes entreprises européennes, contribuant à maintenir l’Europe dans une relation de dépendance (Foreign Affairs, 6 avril 2026).

L’Union européenne ambitionne néanmoins de devenir une puissance capable de façonner le XXIᵉ siècle (Foreign Affairs, 19 juin 2026). Avec le retour de la politique de puissance et l’essor des nouvelles technologies, l’ordre international fondé sur le droit et les règles s’affaiblit. Dans ce contexte, les matières premières, les technologies et les chaînes d’approvisionnement deviennent des instruments de puissance, écrit le chancelier allemand Friedrich Merz (Foreign Affairs, 13 février 2026).

Dans cette nouvelle configuration, l’Afrique, particulièrement la région des Grands Lacs, devient un espace stratégique pour l’Union européenne. La RDC se trouve ainsi au centre de la rivalité entre la Chine, l’Union européenne et les États-Unis.

L’Union européenne, à travers ses entreprises privées, cherche à préserver ses intérêts économiques et miniers historiques au Congo, mais aussi à sécuriser son accès aux ressources par l’accord conclu avec le Rwanda dans le cadre du programme Global Gateway, d’un montant de 935 millions de dollars. Pourtant, les minerais 3T exportés depuis le Rwanda proviennent largement de la contrebande en RDC. Selon Global Witness, le coltan exporté par le Rwanda alimente des fonderies en Chine et dans d’autres pays asiatiques, qui approvisionnent ensuite les chaînes électroniques mondiales.

La Chine est devenue la principale puissance minière en RDC.

Selon le Center for Strategic and International Studies, basé à Washington, elle contrôle environ 80% des activités minières et possède des participations dans 15 des plus grandes mines de cuivre et de cobalt. Plus de 70% de ces minerais sont raffinés en Chine.

Avant l’arrivée de la Chine, les mines congolaises étaient largement contrôlées par des entreprises occidentales. Entre 1994 et 1997, la guerre ayant conduit à la chute de Mobutu a ouvert la voie à plusieurs contrats miniers défavorables à la RDC. Sous l’encadrement de la Banque mondiale et d’autres institutions occidentales, des actifs miniers furent cédés à vil prix.

À partir de 2007, la Chine s’est imposée avec l’accord Sicomines, fondé sur l’échange de minerais contre des infrastructures. Les entreprises chinoises ont obtenu l’accès au cuivre, au cobalt et à d’autres minerais autour de Kolwezi en échange d’investissements dans les infrastructures. En 2016, la vente de la mine de Tenke Fungurume par l’entreprise americaine Freeport-McMoRan a renforcé la présence chinoise en RDC.

Face à la domination chinoise et aux pillages attribués au Rwanda et à l’Ouganda, le président Félix Tshisekedi a engagé un partenariat stratégique avec les États-Unis autour du principe « minerais contre sécurité ». Pour Washington, l’accès aux minerais critiques congolais permet de réduire la dépendance américaine à l’égard de la Chine et de renforcer sa position dans la compétition technologique mondiale.

Pour la RDC, ce partenariat peut contribuer à la sécurité, à la stabilité et à la protection des chaînes d’approvisionnement. Mais il doit avant tout servir les intérêts congolais, à travers la valorisation locale des minerais, le respect de la souveraineté nationale et des retombées concrètes pour la population.

Dans cette compétition entre grandes puissances, l’État congolais doit jouer un rôle central. Les élites doivent construire un État moderne, capable de protéger les ressources nationales, de négocier des accords équilibrés et de défendre la souveraineté de la RDC.

Cela exige des élites une volonté de puissance et les ambitions de grandeur. Freddy Mulumba Kabuayi

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