Le silence du monde face au drame congolais : l’heure de la justice a sonné (Par Éric Kamba)

À chaque 2 août, la mémoire des victimes du Genocost rappelle qu’aucune paix durable ne peut être construite sans vérité, reconnaissance et réparations.

Chaque année, l’humanité s’arrête pour commémorer l’Holocauste. Nous nous souvenons du Rwanda. Nous nous souvenons de Srebrenica. Nous nous souvenons du Cambodge. Nous répétons inlassablement : « Plus jamais ça. »

Pourtant, l’une des plus grandes tragédies humaines depuis la Seconde Guerre mondiale continue de ne susciter qu’une infime partie de l’attention qu’elle mérite.

La République démocratique du Congo est devenue le cimetière de millions d’êtres humains.

Et le monde regarde.

Chaque 2 août, la République démocratique du Congo ainsi que les communautés congolaises à travers le monde commémorent le Genocost, Journée nationale de commémoration des victimes du génocide congolais. Ce nom porte en lui une vérité douloureuse. Il associe les mots « génocide » et « coût », car des millions de Congolais ont payé de leur vie le prix de la demande insatiable du monde en minerais stratégiques.

Les téléphones que nous utilisons, les véhicules électriques que nous célébrons, la révolution numérique que nous applaudissons et les technologies qui façonnent notre avenir reposent, en partie, sur des minerais extraits du sous-sol congolais.

Trop souvent, ces minerais sont tachés de sang.

Il ne s’agit pas seulement d’une tragédie congolaise.

Il s’agit d’un défi moral lancé à toute l’humanité.

Depuis plus de trois décennies, des communautés entières ont été déplacées. Des villages ont disparu. Des femmes ont subi des violences inimaginables. Des enfants ont été privés de leur avenir. Des familles continuent de rechercher des proches qui ne sont jamais revenus.

Les souffrances ont été documentées.

Des enquêtes ont été menées.

Des rapports ont été publiés.

Les auteurs ont été identifiés dans de nombreuses enquêtes et rapports internationaux.

L’Histoire sait ce qui s’est passé.

Les victimes savent ce qui s’est passé.

Le monde sait ce qui s’est passé.

Pourtant, la justice demeure absente.

Aucun peuple ne devrait passer des décennies à devoir prouver que ses souffrances méritent d’être reconnues.

Aucune nation ne devrait être contrainte de supplier la communauté internationale de reconnaître la mort de ses enfants.

Une justice retardée est une justice refusée.

Le silence devient une forme de complicité.

Détourner le regard n’est pas de la neutralité.

C’est un choix.

À maintes reprises, la communauté internationale a démontré qu’elle était capable de mobiliser une volonté politique, des mécanismes juridiques et des ressources financières lorsqu’elle estimait que la justice en valait la peine.

Le peuple congolais mérite le même engagement.

La reconnaissance n’est pas un acte de charité.

C’est un acte de justice.

La reconnaissance des faits n’est pas une faveur.

C’est une obligation morale.

Les réparations ne sont pas des gestes de générosité.

Elles constituent des instruments de responsabilité qui reconnaissent le préjudice subi, restaurent la dignité des victimes et contribuent à reconstruire des vies brisées par des décennies de violences.

La justice doit inclure la vérité.

La justice doit inclure la responsabilité.

La justice doit inclure des réparations pour les victimes et les survivants.

La justice doit garantir que les générations futures n’hériteront plus jamais du même cycle de violences alimenté par la cupidité.

Il ne s’agit pas de rouvrir de vieilles blessures.

Il s’agit enfin de rendre justice à des blessures qui n’ont jamais cessé de saigner.

Une civilisation ne peut mesurer la valeur d’une vie humaine en fonction de la géographie.

Un enfant enterré dans l’est du Congo ne vaut pas moins qu’un enfant enterré ailleurs dans le monde.

Les droits humains ne peuvent être universels uniquement lorsqu’ils sont politiquement opportuns.

Ils sont universels… ou ils ne le sont pas.

Chaque 2 août ne devrait pas être seulement une journée de commémoration.

Cette date devrait également constituer un nouvel appel à la conscience universelle. Les gouvernements, les organisations internationales, les responsables religieux, les universités, les entreprises, les journalistes et les citoyens du monde entier doivent refuser de rester indifférents.

Enseignez cette histoire.

Parlez de ces victimes.

Soutenez les survivants.

Exigez que les responsables rendent des comptes.

Soutenez les mécanismes internationaux de justice capables d’enquêter et de poursuivre les auteurs de ces crimes.

Encouragez des chaînes d’approvisionnement responsables et transparentes en minerais, qui ne financent plus les violences armées.

Tenez-vous aux côtés des victimes, non seulement par des paroles, mais aussi par des actes.

Le peuple congolais ne demande pas la compassion.

Il demande la justice.

Il demande la vérité.

Il demande la reconnaissance.

Il demande des réparations.

Par-dessus tout, il demande au monde de le voir enfin.

L’Histoire ne retiendra pas seulement ceux qui ont commis les atrocités.

Elle retiendra également ceux qui savaient… et qui ont choisi le silence.

Le temps de la compassion est révolu.

Le temps de la justice est venu.

Éric Kamba
Géostratège et analyste des relations internationales

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