Kinshasa, 19 juillet 2026 (ACP)-On accuse souvent Kinshasa d’être sale. Mais cette lecture, devenue presque automatique, masque une réalité plus profonde : une ville ne se dégrade pas spontanément. Elle se construit, jour après jour, par une accumulation de gestes ordinaires, rarement sanctionnés. Chaque déchet jeté, chaque sac abandonné au bord d’une avenue, chaque caniveau obstrué raconte moins un échec isolé qu’une défaillance dans l’organisation collective de la responsabilité.
Une volonté politique réelle, mais un défi structurel intact
Les initiatives récentes, notamment la mise en place d’une Taskforce dédiée à la salubrité, traduisent une volonté de reprise en main salutaire. Mais une question demeure : une ville peut-elle rester propre si la responsabilité de sa salubrité repose exclusivement sur les institutions publiques ?
Actuellement, les politiques d’assainissement privilégient le ramassage des déchets et les opérations ponctuelles. Ces outils, bien que nécessaires, sont curatifs : ils interviennent après la dégradation. Or, dans une métropole en croissance rapide, cette logique de correction est structurellement insuffisante.
L’espace public : un espace partagé, mais « orphelin » de responsabilité
Dans la sphère privée, la règle est simple : chacun entretient son foyer. Dès que l’on franchit le seuil, la responsabilité devient diffuse. L’espace public est perçu comme une zone relevant uniquement de l’État. Il faut briser cette perception. L’espace public doit être considéré comme une extension partagée, où chaque usage implique une obligation de préservation.
Le précédent de la Covid-19 : l’efficacité par la règle
L’analogie avec la période de la Covid-19 est instructive. L’obligation du port du masque, assortie d’une amende immédiate, a transformé les comportements en quelques semaines. Ce n’est pas seulement la peur du virus qui a agi, mais la clarté et l’effectivité de la norme. Cette expérience prouve qu’à Kinshasa, la règle est respectée lorsqu’elle est visible, contrôlée et appliquée avec constance.
Deux réformes pour transformer Kinshasa
Pour passer de l’indignation à l’action, deux axes de réforme me semblent indispensables :
1. L’effectivité de la sanction par la proximité :
Il s’agit de verbaliser les incivilités manifestes (jets de détritus, dégradation de la voirie). Pour garantir la rapidité de l’action, chaque poste de police et agent habilité devra être porteur d’un carnet à souches officiel, numéroté et auditable.
La procédure : Le paiement de l’amende pourrait être effectué soit immédiatement sur le lieu de constatation, soit auprès du poste de police ou d’un service public habilité, à condition que l’opération soit réalisée au moyen d’un dispositif officiel de quittances numérotées, sécurisées et traçables.
La transparence : Ce système permet une traçabilité des recettes : chaque souche remise doit correspondre à un versement effectif au Trésor public. Le citoyen dispose ainsi d’une preuve formelle, et l’État peut contrôler l’intégrité du dispositif par un audit régulier des carnets.
2. Le principe de « responsabilité fonctionnelle » :
Il ne s’agit pas de transférer la propriété de la voie publique, mais d’instituer une obligation d’entretien des abords immédiats (parcelles, commerces, bureaux). Chaque occupant devient le gardien de son périmètre immédiat. Des contrôles périodiques et inopinés par les services compétents permettraient de constater le respect de cette obligation.
Ce contrat civique est à double sens : si le citoyen s’engage à entretenir, l’État doit garantir une fréquence de collecte régulière. Ce n’est pas une sanction unilatérale, mais une alliance pour la salubrité.
Conclusion : un changement de paradigme
Cette approche dépasse la simple mesure technique. Elle opère un déplacement profond : passer d’une logique où l’État nettoie après les citoyens, à une logique où chaque citoyen participe à la préservation immédiate de son cadre de vie.
Une ville ne devient pas durablement propre par des campagnes sporadiques. Elle le devient quand les comportements ordinaires changent. Et comme le droit a cette force de structurer les sociétés, une règle simple peut suffire à lancer cette transformation :
Une ville propre commence devant chaque porte.
ACP/

