Kinshasa, 12 juillet 2026 (ACP).- L’omniprésence et l’usage incontrôlé des téléphones, communément appelés « smartphones », par la nouvelle génération à Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo (RDC), suscitent de vives inquiétudes au sein des familles et des milieux éducatifs.
Devenus de véritables instruments d’addiction quotidienne, ces outils numériques redéfinissent les mœurs, fragilisent le rendement scolaire et alimentent l’insécurité urbaine. Ils constituent également un fléau au sein des foyers et des centres d’examen.
Dans les ménages de la capitale, le smartphone dicte désormais le rythme de vie des adolescents, reléguant au second plan les devoirs familiaux et académiques. Cette réalité est particulièrement observée chez les jeunes filles, indexées pour leur propension à passer des heures entières à scruter les réseaux sociaux, en quête notamment des insolites .
Mme Philomène Kinkela, une parente résidant dans la commune de Bandalungwa, témoigne de son impuissance face à ce phénomène qui affecte directement l’éducation de sa progéniture. « Depuis un certain temps, ma fille consacre l’entièreté de ses moments d’études à cet outil. Même avant et après le repas, elle y est toujours accrochée. Je ne sais que faire. Quand vous le lui interdisez, elle s’énerve », confie-t-elle avec amertume.
Cette dépendance s’invite jusque dans les centres d’évaluation officiels, où certains finalistes sont soupçonnés de recourir aux smartphones.
Démission intellectuelle dans les universités
Le constat est tout aussi alarmant dans les milieux universitaires de Kinshasa, où les applications telles que TikTok et Facebook captivent l’attention des étudiants au détriment des enseignements. Le goût de l’effort intellectuel et de la recherche documentaire s’efface progressivement derrière des distractions qualifiées de « terre à terre », incluant le visionnage de vidéos pornographiques.
Face à cette distraction de masse, le corps professoral oscille entre rigueur et résignation. Pour le Professeur Albert Singapa, enseignant à Kinshasa, la responsabilité est désormais individuelle : « Je donne mon cours à l’étudiant qui le suit. Celui qui fait autre chose, tant pis pour lui », tranche-t-il, illustrant le fossé qui se creuse entre les éducateurs et une génération hypnotisée par les écrans.
Risques d’accidents et recrudescence des vols à la tire
Au-delà de la sphère éducative, l’usage abusif des smartphones engendre des conséquences sécuritaires graves dans l’espace public. Captivés par leurs terminaux Android, de nombreux jeunes, et particulièrement des jeunes filles, manifestent une inattention périlleuse sur la voie publique, n’hésitant pas à traverser les artères routières de la capitale sans observer les règles de circulation élémentaires : « Regarder à gauche et à droite ».
Par ailleurs, cette imprudence généralisée fait le bonheur de la délinquance urbaine. L’exposition ostentatoire des téléphones portables dans les transports en commun, les marchés et les avenues de Kinshasa alimente une recrudescence des vols à la tire. La possession d’un smartphone exige désormais une vigilance de tous les instants pour échapper aux réseaux de pickpockets et de jeunes voleurs opportunistes qui pullulent à travers la ville.
Initialement perçu comme un vecteur de désenclavement numérique et d’accès au savoir, le smartphone s’apparente à l’heure qu’il est à un piège comportemental pour la jeunesse kinoise. Face à ce défi sociétal, l’implication conjointe des autorités éducatives, des régulateurs et des structures familiales s’avère indispensable pour restaurer la fonction première de cet outil technologique. ACP/RS

