Kinshasa, 23 août 2026 (ACP).- La Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) de la République démocratique du Congo (RDC) a proposé «la reconnaissance de la dignité des victimes» de la colonisation, lors des travaux d’Azerbaïdjan sur l’héritage et les réparations coloniales, a relevé dimanche son président dans un entretien avec l’ACP.
«Quatrième proposition: promouvoir la reconnaissance des victimes: les victimes et leurs descendants doivent pouvoir être reconnus dans leur dignité. Cela peut notamment passer par des lieux de mémoire, des monuments, des journées commémoratives, des archives publiques et des programmes éducatifs», a déclaré Paul Nsapu, président de la CNDH- RDC, restituant son intervention à la Conférence internationale intitulée «L’Héritage colonial de la Belgique et la voile vers les réparations: 101 ans plus tard».
Une autre proposition, pour une action concrète des institutions nationales des droits de l’homme (INDH), est celle de créer ou de renforcer des mécanismes nationaux de documentation historique, permettant à ces structures de contribuer à la constitution d’archives relatives aux violations historiques des droits humains.
D’autres propositions sont celles d’établir des mécanismes de dialogue sur la mémoire, pour que les États, les chercheurs, les victimes, les communautés, les universités et la société civile soient associés à des espaces de dialogue sur les héritages coloniaux; de renforcer l’éducation historique, ou l’histoire du colonialisme, des résistances, des victimes et des luttes pour la dignité devrait être enseignée sur la base de sources historiques rigoureuses et pluralistes, ainsi que de développer une réflexion internationale sur les réparations, ou le débat doit être poursuivi dans les enceintes nationales, africaines et internationales afin d’identifier les formes de réparation qui peuvent être juridiquement, historiquement et moralement pertinentes.
Une dernière proposition est de renforcer la coopération entre Institutions nationales des droits de l’homme, pour que les INDH africaines et européennes puissent s’engager un dialogue spécifique sur les héritages coloniaux, la mémoire, la discrimination structurelle et les mécanismes de réparation.
Quel monde pour les générations futures, Dans sa conclusion pendant les travaux d’Azerbaïdjan, le président de la
CNDH-RDC a posé aux participants des questions de savoir si plus de 101 années après l’adoption de la loi du 21 août 1925 concernant la colonisation belge, ces assises ont permis uniquement à regarder vers le passé.
Ces questions sont: Quel monde voulons-nous transmettre aux générations qui viennent ? Un monde dans lequel les injustices historiques sont oubliées ? Ou un monde dans lequel les sociétés ont suffisamment de courage pour reconnaître leur histoire, honorer leurs victimes, réparer ce qui peut l’être et empêcher que les mêmes logiques de domination et de déshumanisation ne se reproduisent ?
M. Nsapu a donné une réponse claire concernant son institution: « La dignité humaine ne connaît pas de date d’expiration. Les droits des victimes ne disparaissent pas avec le passage du temps. Et la justice ne consiste pas seulement à sanctionner les violations du présent. Elle consiste aussi à construire les conditions permettant aux générations futures de vivre dans une société libérée des mécanismes qui ont rendu possibles les injustices du passé ».
Et d’ajouter: «C’est pourquoi, nous devons passer du silence à la mémoire, de la mémoire à la vérité, de la vérité à la reconnaissance, de la reconnaissance à la responsabilité, de la responsabilité à la réparation, et de la réparation à la non-répétition. Tel doit être, à mon sens, le véritable sens d’une justice réparatrice».
Auparavant, le président de la CNDH-RDC a salué la tenue de ces assises du Groupe d’Initiative de Bakou, qui ont permis des réflexions sur une question qui demeure insuffisamment explorée dans le champ contemporain des droits de l’homme. Il s’agit, a-t-il dit, des conséquences humaines, sociales, économiques, politiques et culturelles des systèmes coloniaux et de la nécessité d’en tirer toutes les conséquences en matière de justice.
Ainsi, ces travaux ont permis au président de la CNDH RDC de s’atteler sur la colonisation qui est une question historique, mais aussi celle des réparations (ce qui lui a permis de répondre aux questions de réparer quoi, pour qui et comment).
Il a fait également allusion aux droits de l’homme qui permettent d’avoir droit à la vérité, sans oublier la mémoire à la responsabilité constituant la première étape vers la justice, ainsi que la justice réparatrice et la responsabilité des INDH. ACP/Kaz

