RDC : un article de presse permet à une mère abandonnée de connaître ses droits (Par Heri Manema Henry)

Kinshasa, 23 août 2026 (ACP).- Une mère de trois enfants, abandonnée depuis plus de deux ans par son époux à Kinshasa, en République démocratique du Congo (RDC), a affirmé dimanche à l’ACP avoir découvert, grâce à un article de presse, les recours juridiques dont elle disposait pour recouvrer ses droits auprès des instances judiciaires.

« Ça faisait plus de deux ans que mon mari nous avait abandonnés. Nous avions accumulé plusieurs mois d’arriérés de loyer, mes économies étaient presque épuisées, les enfants ne parvenaient plus à aller à l’école et ma petite activité commerciale commençait à tourner au ralenti. Je ne savais plus quoi faire jusqu’à ce que je tombe sur cet article de presse qui m’a permis de connaître mes droits », a témoigné Mme Ja. M. (nom d’emprunt).

« C’est ainsi que je me suis rapprochée, pour la toute première fois de ma vie, des instances judiciaires », a-t-elle ajouté.

Selon son témoignage, son époux, avocat de profession, aurait notamment invoqué sa position sociale, sa profession et sa connaissance du droit pour la convaincre qu’elle ne disposait d’aucun recours contre lui.

La mère de famille a indiqué que la méconnaissance de ses droits l’avait longtemps empêchée d’envisager une action en justice, alors que l’abandon du foyer avait entraîné des difficultés financières affectant notamment le logement et la scolarisation de ses enfants.

L’information juridique, un moyen d’accès à la justice

En RDC, les personnes confrontées à l’abandon familial disposent de voies de recours prévues par la législation, notamment pour réclamer l’exécution des obligations familiales et saisir les autorités judiciaires compétentes.

Outre les difficultés financières que peut représenter une procédure judiciaire, la méconnaissance des droits et des mécanismes permettant de les faire valoir constitue un obstacle à l’accès à la justice pour certaines personnes vulnérables.

Me Charline Asifiwe, coordonnatrice de projet à la Clinique juridique de droit de la Santé de l’Élan d’espoir ASBL, a souligné à ce sujet l’importance du travail de sensibilisation réalisé par les organisations de la société civile, tout en estimant que celui-ci demeure insuffisant dans plusieurs parties du pays.

Elle a également mis en évidence le rôle des médias dans la vulgarisation des droits et l’orientation des personnes vulnérables vers les structures susceptibles de les accompagner.

Dans le cas de cette mère de famille, la découverte de l’article de presse a été suivie d’un rapprochement avec des organisations de la société civile, avant l’ouverture d’un dossier auprès des instances judiciaires, selon son témoignage.

Plaidoyer pour un environnement favorable au travail des journalistes

Me Asifiwe a, par ailleurs, encouragé les journalistes à poursuivre leur travail de sensibilisation sur les questions relatives aux droits humains, estimant que l’information diffusée par les médias peut contribuer à rapprocher les personnes vulnérables des mécanismes de protection et d’accès à la justice.

Elle a plaidé, dans ce contexte, en faveur de la dépénalisation des délits de presse, considérant que la protection du travail journalistique favoriserait la réalisation d’enquêtes indépendantes sur les violations présumées des droits humains.

« Si le journaliste est à tout moment inquiété ou en prison, c’est un défenseur des droits humains de moins. C’est une mère abandonnée de plus qui n’aura peut-être pas l’information sur ses droits », a-t-elle soutenu.

La question de la dépénalisation des délits de presse avait également été évoquée en novembre 2024 par le ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya, lors des États généraux de la justice, dans le cadre des réflexions sur la protection et la sécurité des journalistes. ACP/

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