RDC : l’insécurité dans certaines zones minières entrave l’application des normes environnementales (Professeur de Droit)

Kinshasa, 11 octobre 2026 (ACP).- L’insécurité dans certaines zones minières de la République démocratique du Congo compromet l’application des normes environnementales prévues par le Code minier, en raison notamment de la présence de groupes armés et de l’affaiblissement de l’autorité de l’État, a estimé dimanche un professeur de Droit.

« Dans le contexte actuel, la RDC connaît divers groupes rebelles dans les zones où sont localisés les minerais stratégiques convoités par les multinationales. (…) De ce fait, il est difficile d’y faire observer les normes écologiques prescrites par le Code minier », a déclaré Dieudonné Kanyama, docteur en droit et auteur de l’ouvrage « La résolution des conflits écologiques en République démocratique du Congo ».

Selon ce professeur de Droit, la présence de groupes armés dans certaines régions riches en ressources minières limite les possibilités de contrôle des activités extractives et expose ces territoires à des dommages environnementaux susceptibles de persister à long terme.

Il a estimé que le rétablissement de l’autorité de l’État dans les zones concernées constitue une condition essentielle pour assurer le respect des dispositions environnementales de la législation minière.

M. Kanyama a également mis en cause les insuffisances dans l’application des lois régissant le secteur, estimant qu’elles favorisent la persistance de pratiques contraires aux normes écologiques.

Le juriste a notamment évoqué le non-respect des obligations relatives aux études d’impact environnemental, pourtant exigées pour encadrer les activités extractives et limiter leurs conséquences sur les écosystèmes.

Selon lui, dans les zones contrôlées par des groupes armés, les rapports de force et la recherche de profits rendent particulièrement difficile l’application de ces exigences.

Il a également dénoncé des manquements dans la répartition des redevances minières entre les bénéficiaires prévus par la législation, notamment l’État et les communautés locales, estimant que ces dernières ne bénéficient pas toujours des ressources qui leur reviennent.

Il a aussi fait état de complicités présumées et de pratiques de corruption impliquant, selon lui, certains responsables étatiques et judiciaires, qui contribueraient à affaiblir le contrôle des activités minières.

Des dommages environnementaux dans les anciennes zones d’exploitation

Abordant les conséquences de l’exploitation minière sur l’environnement, le juriste a cité les villes de Tshikapa et de Mbuji-Mayi, dans le centre du pays, comme exemples de localités confrontées, selon son analyse, à une dégradation écologique liée à l’exploitation diamantifère.

Il a notamment fait état d’atteintes à la biodiversité dans d’anciens sites d’exploitation, dont certaines conséquences pourraient être irréversibles.

« Le secteur minier est aussi considéré comme celui qui occasionne d’énormes dommages environnementaux, du fait de l’inobservation de la législation de ses volets écologiques », a-t-il soutenu.

M. Kanyama a également dénoncé le défaut de réhabilitation de certains sites miniers après leur exploitation, alors que la législation prévoit des obligations de remise en état.

Selon lui, des exploitants abandonnent des excavations à ciel ouvert sans procéder aux travaux nécessaires pour permettre la réutilisation des terrains, notamment par les communautés locales pour des activités agricoles.

« Ils laissent des trous béants et les abandonnent. Il s’agit d’une destruction systématique de la nature sans aucune compensation », a-t-il déploré.

Dieudonné Kanyama, également premier avocat général près le Conseil d’État, a ainsi plaidé pour le rétablissement de l’autorité de l’État dans les zones minières affectées par l’insécurité et pour une application effective des obligations relatives aux études d’impact environnemental, à la réhabilitation des sites et aux droits des communautés locales. ACP/K.

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