Kinshasa, 07 juin 2026 (ACP).- L’opposition politique en République démocratique du Congo a observé, le 3 juin dernier, une journée dite de « ville morte » pour exprimer notamment son désaccord avec un éventuel projet de « changement de Constitution ».
Cette initiative a relancé le débat sur le fondement juridique d’une « ville morte », son encadrement par les lois de la République ainsi que ses implications pour les citoyens, les acteurs économiques et les pouvoirs publics. Afin d’éclairer l’opinion sur ces questions, l’ACP a recueilli dimanche l’avis de Maître Jean-Marie Ilunga, avocat au barreau de Kinshasa/Matete, à travers trois questions.
ACP 1 : L’appel à une ville morte est-il considéré juridiquement comme une manifestation publique au sens de l’article 26 de la Constitution congolaise, ou s’agit-il d’une forme distincte d’expression citoyenne ?
Me Jean-Marie Ilunga : « L’appel à la ville morte constitue l’expression d’une position visant à démontrer à l’opinion publique que le point de vue ainsi exprimé serait majoritaire et qu’il appartiendrait aux dirigeants d’en tenir compte dans l’orientation de leurs décisions. Cependant, il y a lieu de regretter que les chiffres de ceux qui se seraient abstenus de leurs activités par conviction, d’un côté, et ceux des citoyens qui s’en seraient abstenus par crainte des menaces de l’opposition, de l’autre, ne soient pas connus.
Aussi est-il à regretter que ceux qui se réclament de l’opposition, recommandent la ville morte contre ce que la Constitution permet : la révision constitutionnelle ».
ACP 2 : La loi congolaise autorise-t-elle les partis politiques, les mouvements citoyens ou les organisations de la société civile à appeler la population à observer une ville morte ?
Me Jean-Marie Ilunga : Appeler à la ville morte fait partie de la liberté d’expression et d’opinion, pourvu qu’il ne soit pas porté atteinte aux droits d’autrui. Il s’agit d’une pression exercée sur les dirigeants du pays, qui sont libres de juger du bien-fondé ou non de ladite pression.
ACP 3 : Quelles sont les limites légales d’un appel à la ville morte ? À partir de quel moment cet appel pourrait-il être considéré comme une entrave à la liberté de travail, au commerce ou à l’ordre public ?
Me Jean-Marie Ilunga : Les limites légales à l’appel à une ville morte, ce sont les éventuelles menaces proférées contre ceux qui ignoreraient le mot d’ordre de ladite « ville morte ». En cas de dérapages, de destructions, d’atteintes à l’intégrité physique des personnes ou à la vie de paisibles citoyens, ceux qui ont appelé à ce mot d’ordre engagent leur responsabilité politique, civile, pénale et administrative. ACP/AGH

