Trois questions à Me Dominique Kangamina sur l’abolition de la peine de mort en RDC

Kinshasa, 11 octobre 2026 (ACP).- Le rétablissement du moratoire sur les exécutions capitales, suivi de l’abolition définitive de la peine de mort en République démocratique du Congo, a été préconisé dimanche par Me Dominique Kangamina, avocat au barreau de la Tshopo, dans le nord-est du pays, à l’occasion de la Journée mondiale contre la peine de mort.

ACP : La peine de mort demeure prévue par la législation congolaise, malgré la protection constitutionnelle du droit à la vie. Quelles sont les principales infractions passibles de cette sanction et comment expliquez-vous son maintien au regard de l’article 16 de la Constitution ?

Me Dominique Kangamina : En République démocratique du Congo, la peine de mort existe toujours dans notre législation, notamment dans le Code pénal ordinaire et le Code pénal militaire. Elle est prévue pour certaines infractions graves, notamment l’assassinat, le vol à main armée dans les conditions prévues par la loi à l’article 81 bis, ainsi que la trahison et l’espionnage, régis par les articles 181 à 185 du même code.

Cependant, notre Constitution, en son article 16, consacre le caractère sacré de la vie humaine. En tant qu’avocat, j’estime que cette disposition soulève une interrogation fondamentale sur la légitimité du maintien de la peine capitale dans notre système judiciaire.

ACP : Quels risques cette sanction présente-t-elle, notamment en cas d’erreur judiciaire, et quelles raisons justifient, selon vous, son remplacement par d’autres peines ?

Me Dominique Kangamina : En tant qu’abolitionniste, je considère que la peine de mort est difficilement conciliable avec le respect de la vie humaine.

La justice humaine n’est pas infaillible. Une erreur judiciaire peut être corrigée, mais une exécution est irréversible.

Nous ne sommes pas contre la sanction des criminels. Nous estimons simplement que la justice doit punir sans ôter la vie.

ACP : En 2024, le gouvernement congolais a levé le moratoire sur les exécutions capitales. Quelles conséquences cette décision peut-elle avoir sur les droits des condamnés, et quelles mesures préconisez-vous aujourd’hui pour garantir leur protection ?

Me Dominique Kangamina : La levée du moratoire en mars 2024 constitue, à nos yeux, un recul préoccupant en matière de droits humains.

Elle expose les condamnés à un risque réel d’exécution. Pourtant, aucune exécution ne peut être envisagée sans le respect strict de l’indépendance de la justice, des droits de la défense, des voies de recours et du droit de solliciter la grâce.

C’est pourquoi je plaide pour le rétablissement du moratoire et, à terme, l’abolition définitive de la peine de mort en RDC.

La justice doit être ferme contre le crime, mais elle ne doit jamais perdre son humanité.

ACP/YD

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