Kinshasa, 1er novembre 2025 (ACP).-La discipline constitue la base du fonctionnement de l’armée, et toute violation des consignes expose son auteur à des sanctions judiciaires ou administratives. C’est dans ce cadre que l’ACP a approché le porte-parole des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) pour éclairer l’opinion sur les fautes de la violation des consignes.
Question 1(ACP) : Mon Général, plusieurs militaires sont régulièrement jugés pour violation des consignes. Quelles sont les fautes les plus courantes à la base de cette infraction au sein des FARDC, et quelle en est la gravité réelle pour la discipline et la sécurité de l’armée ?
Général Ekenge : Oui, les fautes les plus courantes relèvent essentiellement des ordres donnés, qu’ils soient écrits ou verbaux. Dans l’armée, tout est consigne : la manière de porter la tenue, de marcher, d’écrire une correspondance, de gérer la logistique ou encore les finances. Ces ordres sont consignés dans les règlements militaires et doivent être strictement respectés.
Lorsqu’un militaire viole ces règles, il commet l’infraction de violation des consignes. Ces instructions peuvent venir du chef d’état-major général, par note, directive ou télégramme. Leur non-respect entraîne des sanctions disciplinaires ou judiciaires, selon la gravité des faits.
Question 2 (ACP) : Certains cas récents, comme celui de l’adjudant Sarah Ebabi, ont suscité des débats sur la notion même de violation des consignes. Où se situe la limite entre la vie privée d’un militaire et le respect des règles de discipline ?
Général Ekenge : Le militaire, comme tout citoyen, a des droits et des devoirs. Mais dans l’armée, les devoirs priment sur les droits. Même pour voyager, un militaire doit obtenir une autorisation de sa hiérarchie.
Dans le cas de l’adjudant Ebabi, le problème ne résidait pas dans sa vie privée, mais dans l’utilisation de la tenue militaire à des fins non appropriées. Être photographié en tenue débraillée sans béret ou dans un studio photo constitue déjà une faute disciplinaire.
Si elle avait pris des photos en tenue civile et dans une cérémonie officielle (mariage), personne ne s’y serait intéressé. Mais l’usage d’une tenue militaire sur les réseaux sociaux touche à l’image, à l’honneur et à la crédibilité de l’armée. La tenue militaire est sacrée. On ne s’en sert pas n’importe où ni n’importe comment.
Le jour de son mariage, par exemple, elle pourra porter sa tenue de gala sans problème, car c’est un cadre autorisé. Ce qui est interdit, c’est la publication d’images en uniforme sur les réseaux sociaux. C’est une directive formelle du haut commandement, pour des raisons de sécurité et de discipline.
Question 3. (ACP) : Quelles sont les mesures concrètes prises par le haut commandement pour prévenir la violation des consignes et renforcer la discipline, notamment dans les zones opérationnelles ?
Général Ekenge : Le procès que vous avez vu récemment en est déjà une mesure concrète. Dans l’armée, on applique la loi et le règlement à la lettre. Nul n’est censé ignorer la loi, ni le règlement militaire, parce qu’on suppose que tout soldat a été formé dans un centre d’instruction ou une école militaire. Quand il y a faute, la sanction suit qu’elle soit administrative ou judiciaire.
L’armée fonctionne comme un train sur des rails : tant que les rails existent, le train va les suivre, c’est-à-dire la discipline et les règles, sont bien posés, le train avance de la gare de départ (le recrutement) jusqu’à la gare d’arrivée (la retraite) sans déraillement.
Moi, en près de quarante ans de service, je n’ai jamais connu un seul jour de cachot. Bien sûr, j’ai reçu des demandes d’explication, mais jamais une arrestation. Pourquoi ? Parce que je connais mes limites et je respecte la hiérarchie.
(Sourire) Vous savez, même pour parler à la presse, je ne peux pas me réveiller un matin et commencer à communiquer. J’ai toujours besoin de l’autorisation du chef d’état-major général. Tenez, récemment, j’ai envoyé un message à 17 heures. Le chef l’a transmis à son supérieur, et j’ai attendu son retour jusque tard dans la nuit. Il a oublié de me répondre, et ce n’est que le lendemain, vers 7 heures, alors que j’étais prêt à aller à l’église, qu’il m’a appelé : « Tu as déjà communiqué ? » « Non, mon Général. » « Va à la RTNC, tu peux parler. » Et j’y suis allé. C’est ça, le fonctionnement de l’armée : tout se fait dans la chaîne hiérarchique.
La discipline, c’est la mère des armées et la reine des victoires. Sans elle, il n’y a pas d’armée. Tout y est encadré par des règles, même la manière de manger au mess des officiers. Les quantités de riz, de viande, tout est défini. L’armée n’est pas un marché. Quand vous violez ces règles, la justice s’occupe de vous.
Nous ne sommes pas des enfants de cœur. L’armée, c’est une institution de rigueur, d’obéissance et de sacrifice. Celui qui veut la liberté totale doit rester civil. Chez nous, tout est commandé, tout est encadré, parce que la force de l’armée, c’est la discipline.
ACP /UKB

