Kinshasa, 12 octobre 2025 (ACP).- 36 ans déjà dans l’au-delà, le musicien François Luambo de la République démocratique du Congo, connu sous le pseudonyme de Franco De mi amor, est commémoré ce dimanche à travers le monde comme une icône ayant révolutionné le jeu instrumental de la guitare dans la musique congolaise.
On peut retenir de l’héritage de Franco Luambo Makiadi plusieurs éléments fondamentaux qui font de lui une figure centrale et fondatrice de la musique congolaise moderne dans la mesure où il a façonné et popularisé la rumba congolaise, en la structurant musicalement et en l’enrichissant par des compositions longues, rythmées, pleines d’improvisation et de profondeur narrative.
Son style unique fluide, expressif et technique, devenu une référence de la guitare solo, a influencé des générations d’artistes à travers l’Afrique.
À la tête de TP OK Jazz (Tout Puissant Orchestre Kinshasa), Franco a rassemblé les plus grands talents de son époque et a bâti un orchestre stable, productif, et dominant la scène musicale pendant plus de trois décennies.
Comme un musicien engagé, cet artiste festif a aussi chanté les réalités sociales, les mœurs, les injustices et la politique, avec des textes parfois satiriques, dénonciateurs, ou porteurs de sagesse.
En ce mois où l’on se souvient du 36ème anniversaire de son décès, plusieurs mélomanes ont émis un avis que Franco a constitué un pont musical congolais entre la tradition et la modernité tout en préservant l’essence africaine dans ses œuvres et en intégrant des structures modernes.
L’œuvre de Franco reste aujourd’hui un trésor culturel, étudiée, samplée et reprise par de nombreux artistes avec un impact qui a dépassé les frontières de la RDC, faisant de lui une légende panafricaine.
Par ses muses, il a légué une musique riche, consciente, techniquement puissante, profondément ancrée dans l’âme congolaise dont Il est non seulement un monument artistique, mais aussi un passeur de mémoire et de culture.
«Colosse de la musique congolaise moderne, François Luambo marque de son empreinte le deuxième grand bouleversement de l’histoire de cette musique à laquelle son nom est indissociablement lié »,
a écrit Nimy Nzonga dans son Dictionnaire des immortels de la musique congolaise moderne.
L’auteur décrit Franco comme : « un chanteur moraliste, sociologue, provocateur, humoriste, engagé, lyrique anticonformiste, bref chanteur aux potentialités thématiques et musicales multidimensionnelles ».
Par ailleurs il faut noté que Franco s’est démarqué de ses contemporains grâce à son héritage musical qui fait de lui le plus prolifique des compositeurs, figure centrale et fondatrice de la musique congolaise moderne.
L’artiste a vu le jour le 6 juillet 1938 à Sona-bata dans la province du Kongo central, de père Tetela papa Joseph Emongo, de mère Kongo maman Hélène Mbonga Makiesse.
Sa disparition le 12 octobre 1989 aux cliniques de l’Université catholique de Louvain Mont-Godinne en Belgique reste pour les mélomanes un événement qui fait de lui une icône, par-delà la mort. Ce dimanche 12 octobre marque les 36 ans depuis qu’il est passé de cette vie à une autre.
Maître d’une école de la rumba congolaise

Franco est tombé dans la marmite musicale très jeune. C’était à l’âge de 14 ans, après avoir abandonné ses études, pour intégrer le groupe Watam avant de fonder quelques années après son orchestre, OK jazz devenu une deuxième école de la rumba congolaise après l’African en Jazz de Joseph Kabasele.
Au sein de son orchestre, Franco avait su rassembler les grands talents de son époque bâtissant un orchestre stable, productif et dominant la scène musicale pendant plus de trois décennies.
Il a facilité l’éclosion des talents des artistes comme : Sam Mangwana, Vicky Longomba, Madilu System ou encore Josky Kiambukuta.
D’après l’écrivain Samuel Malonga : « En puisant dans le répertoire traditionnel de son espace culturel, l’enfant de Nsona-Mbata a sorti une bonne vingtaine de chansons en kikongo entre 1958 et 1989. On y distingue pêle-mêle des dédicaces, des fables, des diatribes, de l’humour, la dénonciation de la sorcellerie ou la coutume. A quelques exceptions près, le village est le cadre où se déroulent les histoires des mœurs que l’artiste raconte ».
« Kimpa Kinsanga Mene (le mystère plane sorti en 1983 aux éditions populaires). Le substantif kimpa a plusieurs significations en kikongo. Il veut tour à tour dire jeu, légende, devinette, mystère, caractère difficile d’une personne, stratégie selon le contexte de son usage. Dans cette chanson, Luambo parle d’un fait mystérieux, une sorte de jeu démoniaque qui est comme accroché au ciel et qui n’est autre que de la sorcellerie. Moralité : Ne pas mettre sa langue dans sa poche pour défendre l’intérêt général
», a-t-il développé.
Samuel Malonga, a cité d’autres classiques tels que : Yimbi, ya Mbala, Mbongo Zi ya Voni (l’argent de l’aîné Voni), Ma Nkewa, Lombola, Mantale parmi tant d’autres.
Décédé à Namur en Belgique le 12 octobre 1989 à l’âge de 51 ans, François Luambo a aujourd’hui le droit aux hommages mérités. Il reste le plus prolifique des compositeurs dans le microcosme musical congolais.
ACP/C.L.

