Kinshasa 23 février 2026 (ACP).- La critique du guitariste Pépé felly Manuaku concernant la dégradation de la musique populaire en République démocratique du Congo, marquée par la facilité artistique et le manque de rigueur de certaines productions actuelles, a été expliquée lundi par un opérateur culturel lors d’un entretien avec l’ACP.
«En réalité, il ne rejette pas la rue, mais sa dégradation. La musique populaire d’hier (Zaïko, Viva, Stukas…) était innovante, structurée et exigeante, avec une vraie recherche harmonique.
La musique « ya balabala » actuelle, elle, se caractérise par la facilité artistique, le manque de formation, la recherche rapide de célébrité et l’absence de rigueur. Il critique donc non pas la rue elle-même, mais l’absence d’exigence artistique qu’elle peut refléter», a déclaré Kinga Diyinda Georges, opérateur culturel.
«Les pionniers deviennent souvent les gardiens de la qualité qu’ils ont créée. Franco Luambo critiquait le manque de discipline des jeunes musiciens, Papa Wemba insistait sur la formation et la structuration artistique, et même dans le jazz, les pionniers dénonçaient les formes commerciales. Eric Virgal a soutenu une thèse similaire en 2021 sur les jeunes artistes martiniquais.
Conscients des difficultés, des sacrifices et des dérives possibles, ils cherchent à protéger leurs enfants des illusions», a-t-il ajouté.
Selon lui, Pépé Manuaku est conscient que la rue peut créer des génies mais aussi détruire des talents. Il a précisé que cette critique ne vise pas la musique populaire en elle-même, mais sa forme actuelle marquée par la facilité et le manque de rigueur.
«Pépé Felly Manuaku est passé de révolutionnaire à conservateur éclairé, une évolution naturelle. Il reconnaît que la rue peut créer des génies, mais aussi détruire des talents. Il ne rejette pas la musique populaire dont il est lui-même l’un des grands innovateurs, mais critique sa forme actuelle, marquée par la facilité et le manque de rigueur.
Sa position reflète moins une contradiction qu’une volonté de préserver l’exigence et la noblesse d’un art qu’il a contribué à révolutionner», a souligné M. Kinga.
Il a conclu en disant : «La grande musique congolaise est née dans la rue, mais elle n’est devenue grande que grâce à la discipline, la créativité, la structuration.
Manuaku ne rejette donc pas la rue, mais il rejette la médiocrité. ACP/JF

