La vie de Mweya Tol’Ande comme elle va (portrait d’une survivante)

Kinshasa, 15 février 2024 (ACP).-  Soixante-quinze saisons de pluies et soixante-quinze saisons sèches, égales à soixante-quinze ans de vie, ont coulé, avec des crues et des décrues, sur la silhouette fine et étirée de la plus vieille poétesse congolaise.

Un mouchoir, harmonieusement concilié avec le reste des habits, entoure désormais sa tête. Quelques rides fines perlent son visage, encerclant les yeux à l’ombre des lunettes légèrement teintées.

L’extérieur d’Elisabeth Françoise Mweya Tol’Ande s’est irrévocablement distancé de son intérieur que cette ancienne élève du Lycée Marie-Thérèse de Lisieux (Lycée Kabambare) et d’un couvent des sœurs de Kinshasa, a décidé de marquer une pause et de se remémorer les moments les plus palpitants de sa vie. Et, elle se les remémore dans un ouvrage écrit dans un style fort émouvant, avec des détails piquants, intitulé La vie comme elle va/Les récits d’ici et d’ailleurs.

Loin d’être un passage en revue de sa carrière d’écrivaine et de poétesse, pourtant très riche avec des titres comme Remous de feuilles, Parole de femmes ; Moi, Femme, je parle ; Ahata, La Damnée ou Ngamalo, cette ancienne journaliste au quotidien Salongo de Limete propose un texte narratif.

(Pour rappel, un récit est un genre littéraire qui relate des faits vrais ou imaginaires).

La narration se base, dans ce texte, sur des pans inspirants de la vie de cette Congolaise née le 7 juillet 1947 dans un quartier réservé aux Noirs à Léopoldville et qui a changé des communes au gré de la vie palpitante d’une ville africaine.

Le livre, imprimé en Pologne en février 2024 pour le compte des Editions Grand Lac de Kinshasa, s’ouvre sur une dédicace de l’auteure à la Distinguée Première dame, Denise Nyakeru Tshisekedi, fondatrice du Projet Congo Féminin lancé en octobre 2024, « pour avoir inscrit le nom d’Elisabeth Mweya Tol’Ande parmi les femmes légendes du Congo ».

La Première dame s’est rendue personnellement, le mardi 4 mai 2021, au domicile de cette femme pour lui remettre en mains propres le trophée d’excellence.

Ensuite, s’enchainent sept opuscules à travers lesquels l’écrivaine Mweya Tol’Ande, très bientôt octogénaire, s’étonne que le présent avale le passé dans une indifférence généralisée et coupable, hésite entre la retraite administrative tant redoutée parce que non suivie de payement de la pension et la retraite en tant qu’écrivaine qui rimerait avec sa plongée dans l’oubli général.

Elle consacre le tiers de son œuvre à la rivière Kalamu dont elle savoure encore aujourd’hui des souvenirs inoubliables : « Durant notre enfance, la rivière Kalamu était une grande rivière, large, profonde et propre. Elle jouissait de son lit naturel. Un poste de police était installé au fond de la rue Niangara, face à la rivière, pour veiller sur son intégrité, sa propreté et sur la sécurité de ses usagers, les baigneurs de tout âge. Le long de cette rivière, il y avait une plage, suffisamment large, ou les petits frères et les petites sœurs que nous étions, jouions en construisant des maisons ou du moins ce que nous pensions être des maisons, avec du sable mou ou coulant, tout blanc. C’était un jeu passionnant, car même les ainés s’y livraient ». Six à sept décennies après, « la rivière Kalamu (…) subit une véritable torture de la part des humains qui l’encombrent en faisant le déversoir d’immondices, de toutes sortes de déchets et de la ferraille. (…) Cette pratique a rétréci son lit. Les humains, heureux d’avoir gagné de l’espace, y ont construit leurs habitations ».

La vie comme elle va se termine par une leçon que Mweya Tol’Ande tire d’une visite au pays de l’Oncle Sam ou « les Américains protègent le patrimoine du passé comme un soubassement du présent et du futur ».

Cet aspect de l’american way life l’interpelle intensément au point qu’elle en tire une leçon à léguer, comme un testament inestimable, à toutes les générations : « Le passé s’évanouit carrément, le présent même est évanescent. Les générations succèdent aux générations sans retenir grand-chose des unes des autres, sans léguer grand-chose non plus. Ce déficit renforce notre tendance à consommer tout ce qui nous vient de l’extérieur, nourriture comme concepts et ; sans nous rendre compte, nous voilà extravertis, nous voilà dépourvus d’une âme. Pourtant, le griot conservait les annales traditionnelles, réveillait les mémoires sur les faits et les lignées ! Comment s’y prenaient-ils, les griots qui ne savaient ni lire ni écrire ? La mémoire traditionnelle semble avoir été performante ! Elle était notre musée vivant ! Elle incarnait la pensée, le fil conducteur qui guidait les lignées, les générations… Les générations qui maitrisaient les espaces géographiques… Relier notre mémoire à celle de notre identité nous ramène à l’échelle de nos valeurs, pour qu’au rendez-vous du donner et du recevoir, nous puissions influencer le monde ». Parole de Femme. ACP/ODM

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