Le rappeur américain Jay-Z et le masque Kifwebe : décryptage d’une confusion culturelle

Kinshasa, 1er avril 2026 (ACP). — La récente photographie publiée dans le magazine GQ, sur laquelle le rappeur américain Jay-Z apparaît coiffé d’un masque Kifwebe, a suscité diverses réactions et interprétations. Parmi celles-ci, l’identification du masque comme étant féminin a notamment retenu l’attention.

Une lecture qui mérite d’être examinée à la lumière des codes propres à la culture Songye.

« Les porteurs de ces masques incarnent une autorité globale au sein des sociétés initiatiques. Les bifwebe — masques authentiques — ne sont pas décoratifs ; ils servent à des rituels, notamment initiatiques pour les jeunes garçons, et traduisent des codes précis », a expliqué à l’ACP Ytal Bena Lumpungu, descendante de la lignée royale Songye Bekalebwe de Lumpungu et initiatrice du Centre de Narration Réparatrice (aFreeKam).

Des critères formels précis

Au sein des sociétés Songye, les masques Kifwebe s’inscrivent dans un système structuré, à la fois spirituel, social et politique. Leur lecture repose sur des éléments formels codifiés : stries, volumes, crête et polychromie participent à l’identification de leur nature et de leur fonction.

On distingue ainsi le Mukashi (féminin, singulier) du Mulume (masculin, singulier), deux catégories aux significations distinctes.

Le masque masculin — mulume, pluriel balume — se caractérise par une crête proéminente, des traits marqués et des couleurs sombres, associées à l’autorité, à la protection et au maintien de l’ordre.

Le masque féminin — mukashi, pluriel bakashi — présente une apparence plus douce, généralement marquée par des teintes claires, en particulier le blanc, symbole de pureté, de fécondité et de lien avec les ancêtres.

« La présence d’une crête et le choix des couleurs participent pleinement à la lecture genrée du masque. Des cas intermédiaires existent, mais les couleurs restent toujours déterminantes », a précisé l’experte.

Dans ce contexte, l’interprétation de certains masques contemporains peut susciter des lectures divergentes.

Des lectures parfois approximatives

Avec la visibilité croissante de l’art africain dans les sphères culturelles internationales, ces objets sont de plus en plus mobilisés dans des contextes variés, parfois éloignés de leur cadre d’origine.

« Ces confusions traduisent souvent une méconnaissance des codes culturels africains, accentuée par la popularisation de l’art décoratif », a souligné Ytal Bena Lumpungu.

Les spécialistes invitent dès lors à une lecture plus informée et à un recours aux détenteurs des savoirs traditionnels.

« Il est essentiel de consulter des connaisseurs, car un masque authentique ne se manipule pas comme un simple objet décoratif », a-t-elle conclu.

ACP/C.L.

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