Kinshasa, 20 octobre 2026 (ACP).- La vision du poète Guillaume Bukasa en faveur de la promotion littéraire à Goma, au Nord-Kivu, en République démocratique du Congo (RDC), a été saluée mardi par un artiste visuel, lors d’un échange avec l’ACP, au lendemain de son inhumation, en reconnaissance de son engagement dans l’encadrement des jeunes écrivains.
« Guillaume Bukasa est Maestro, parce qu’il dirigeait l’orchestre de nos initiatives. Maestro, parce qu’il voyait la symphonie là où nous ne voyions que du bruit. Il nous a appris à déployer nos ailes sans honte, à comprendre que notre fragilité apparente cachait notre puissance de vision », a déclaré Croco’ Thierry Vahwere, artiste visuel et membre de l’Académie Kivu Art.
Selon lui, dans cette région meurtrie par les conflits armés, Guillaume Bukasa rappelait l’importance de la poésie, de l’écriture et de la parole, considérées comme des fondements de la vie culturelle et de la reconstruction collective.
« Il ne nous a pas seulement appris un art, il nous a appris l’Art dans toutes ses dimensions. Le théâtre, pour donner un corps à nos colères. Le cinéma, pour donner des yeux à nos rêves. La poésie, pour donner une langue à nos silences. La bande dessinée, pour donner des couleurs à notre mémoire (…). Il nous a aussi appris une architecture intérieure. Une manière de transformer la douleur en langage et de créer un espace commun où la communauté peut se reconnaître et se reconstruire », a-t-il ajouté.
Revenant sur les obsèques auxquelles il a pris part, cet artiste visuel a décrit une cérémonie marquée par une forte émotion et plusieurs hommages artistiques.

« La veillée mortuaire s’est très bien déroulée le dimanche 18 octobre, dans le chagrin. Il y a eu différentes prestations (chants, poèmes) d’artistes venant de différents centres culturels de Goma (…). Ce lundi matin, une messe d’action de grâce s’est déroulée à l’Espace Jeunes Non Violents, suivie de l’enterrement du poète à midi, au cimetière Makao de Goma, avec beaucoup d’émotions », a-t-il fait savoir.
Dans le cadre de cette cérémonie d’adieu, l’Espace Jeunes Non Violents a été symboliquement peint en noir, couleur du recueillement et de la mémoire. Les participants ont été invités à y inscrire un message, un témoignage, un poème ou un vœu d’adieu en hommage au poète.
De son côté, Yolande Elebe, ministre de la Culture, arts et patrimoine de la RDC, a rendu hommage au disparu à travers un poème publié sur sa page Facebook officielle, saluant notamment la force de son écriture et la pérennité de son œuvre.
« La plume s’est posée, le silence est venu,Mais l’écho de sa voix vibre encore dans les pages. Guillaume a tracé des chemins d’inconnu,
Offrant à la pensée un éternel voyage. Il a sculpté le verbe avec force et pudeur, faisant briller l’encre au milieu des ténèbres (…). Aujourd’hui que son âme a rejoint les hauteurs, reste la réalité de ses écrits (…). Repose en paix, poète, auteur et bâtisseur, tes mots restent vivants, gravés dans notre cœur. Une plume s’est envolée, mais ses écrits restent à jamais », a écrit la ministre.
Décédé le 15 octobre 2026 à Goma, des suites d’une courte maladie, Guillaume Bukasa portait, à travers ses écrits, un message contre la haine et la violence, tout en mettant en avant le rôle de la littérature dans la société.
Son engagement dépassait la production littéraire. Il s’était également investi dans la formation et l’encadrement de jeunes écrivains à Goma, contribuant à l’émergence de nouvelles voix sur la scène culturelle du Nord-Kivu.
Il a notamment présidé le Collectif des écrivains du Nord-Kivu, participant à la promotion de la littérature et à l’accompagnement de jeunes passionnés d’écriture. ACP/E N/BA

