Kinshasa, 12 septembre 2026 (ACP).- Le lingala, langue nationale et patrimoine culturel immatériel de la République démocratique du Congo, est appelé à demeurer un instrument d’unité, d’intercompréhension et de valorisation de l’identité congolaise, plutôt qu’un moyen de banalisation de l’injure, a indiqué un professeur d’université samedi à l’ACP.
« La langue a été créée pour mettre les gens ensemble, c’est-à-dire qu’elle doit servir d’instrument d’intercompréhension entre les personnes qui la parlent. Elle comprend toute l’identité d’un peuple, car celui-ci est connu à travers sa langue. C’est aussi le cas du lingala, qui est une langue nationale et patrimoine culturel immatériel qui doit jouer son rôle loin des injures », a déclaré le professeur Zelenge Somo.
Selon lui, le peuple congolais est aujourd’hui identifié à travers le monde notamment par le lingala, qui s’est imposé dans plusieurs domaines de la vie nationale, particulièrement la musique, avec la rumba congolaise, mais aussi le commerce, le sport et la politique.
« Nous pensons que le lingala fait l’honneur de la nation congolaise et ne devrait pas, de nos jours, revêtir l’image d’une langue qui sert à l’injure facile », a-t-il souligné, appelant chaque citoyen à contribuer à la préservation de cette langue comme élément du patrimoine culturel immatériel.
M. Zelenge a déploré l’usage abusif de l’injure qui tend aujourd’hui à être banalisée, particulièrement dans la ville-province de Kinshasa, au point de devenir, pour certains, un véritable mode de communication.
« Cette situation expose les victimes à des humiliations et à diverses conséquences sociales », a-t-il déploré.
L’injure, une pratique socialement négative
Le Pr Zelenge a expliqué que, dans les différentes sociétés, l’injure est généralement perçue de manière négative, puisqu’elle vise notamment à blesser, décourager, démoraliser ou ridiculiser une personne.
Il a relevé que ses conséquences peuvent aller au-delà de la simple offense verbale et provoquer des conflits, des ruptures d’amitié, des séparations, voire des violences physiques.
Dans le monde religieux, a-t-il ajouté, l’injure est également condamnée comme une faute grave, évoquant notamment l’enseignement biblique contenu dans l’Évangile selon Matthieu, au chapitre 5, qui met en garde contre la colère, les paroles offensantes et les insultes envers autrui.
Une pratique également réprimée par la loi
Abordant l’aspect juridique, Richard Zelenge a rappelé que le Code pénal congolais prévoit des sanctions contre certains faits portant atteinte à l’honneur ou à la considération d’une personne.
Il a estimé que, dans les différentes communautés et tribus de la République démocratique du Congo, l’injure est également réprouvée suivant les normes et mécanismes propres à chaque communauté.
Toutefois, il a déploré la difficulté rencontrée par certaines victimes pour faire valoir leurs droits, notamment lorsqu’elles ne disposent pas de preuves ou de témoins capables de confirmer les propos injurieux.
« C’est une interpellation à chacun de nous à jouer le rôle de décourager l’injure facile par notre patrimoine culturel immatériel qu’est le lingala, devenu la langue principale de l’injure congolaise », a-t-il fait remarquer.
L’homme de science a recommandé à l’État, en sa qualité de pouvoir protecteur de la population, de veiller davantage à l’application des dispositions légales afin de décourager les pratiques injurieuses et de mieux protéger les victimes.
Le Pr Richard Zelenge Somo enseigne depuis 2022 au département des Lettres, civilisations africaines et congolaises de l’Université pédagogique nationale. Il est également auteur de plusieurs publications consacrées aux langues congolaises, notamment « Injures, moyen de communication en mosange, langue riveraine de la Saw-Moeko » et « Éléments de phonologie et de morphologie du monyongo, langue bantoue ».
Pour cet enseignant-chercheur, la défense du lingala ne doit donc pas seulement se limiter à son utilisation quotidienne, mais doit également passer par la promotion de ses valeurs culturelles, identitaires et sociales, afin que cette langue demeure un facteur de cohésion et de fierté nationale. ACP/Le

