Kinshasa, 14 août 2026 (ACP).- Un plaidoyer en faveur de la révision et de la réécriture de l’histoire de l’origine des collections de la République démocratique du Congo (RDC) a été lancé par un anthropologue à l’Institut des musées nationaux du Congo (IMNC), en associant toutes les couches de la population, a expliqué le chercheur vendredi à l’ACP.
« L’histoire doit être réécrite et révisée, en associant toutes les couches de la population, car durant la période coloniale, ce que les colonisateurs ont écrit concernant les collections de la RDC se trouve ailleurs », a déclaré Raphaël Galume , anthropologue congolais
Il a indiqué que plus de 84.000 objets conservés au Musée royal de l’Afrique centrale de Tervuren, en Belgique, disposent d’informations insuffisantes sur leur provenance et leur mode d’acquisition.
« Nous sommes actuellement dans une période où tout le monde a les yeux fixés et le regard éveillé sur la restitution de leurs biens culturels acquis dans le contexte colonial », a-t-il souligné.
Le chercheur a, à cette occasion, appelé l’État congolais à s’impliquer davantage dans le processus de restitution des biens culturels, estimant que des études préalables sur leur provenance permettraient de déterminer s’ils ont été acquis, volés ou pillés illégalement.
Des recherches menées au Kongo Central
Selon Galume, des recherches ont été menées pendant plus d’une année, de 2023 à 2025, notamment à Muanda et à Boma, dans la province du Kongo Central, afin de confronter les informations contenues dans les archives aux données recueillies sur le terrain.
Il a expliqué que cette recherche collaborative a mis en relation le Musée royal de l’Afrique centrale de Tervuren et l’IMNC, avec pour objectif de documenter les objets provenant de la RDC dont le mode d’acquisition demeure insuffisamment renseigné.
Il a notamment étudié deux pièces, à savoir les masques woyo ‘‘ Mubobolo’’ et ‘‘ Kumbukutu’’, ainsi qu’une statuette yombe par le révérend père Léon Bittremieux.
Les archives indiquent que le masque ‘‘ Mubobolo Ngonji’’, de tradition woyo, aurait été donné en 1932 à Banana, dans l’actuel territoire de Muanda. Quant au masque ‘‘ Kumbukutu’’, les documents consultés renseignent qu’il aurait été acquis en 1952 par Albert Maesen dans le village de Mamputu, au Kongo Central, auprès d’un garçon âgé de 14 ans.
Pour l’anthropologue, ces éléments nécessitent une confrontation avec les réalités historiques et culturelles recueillies auprès des communautés concernées.
Il a relevé que, chez les Woyo, les masques incarnent notamment le pouvoir magico-religieux d’une société et revêtent une importante valeur culturelle et sociale.
Le chercheur a précisé que l’étude porte également sur la provenance et la circulation des objets, afin de retracer leur parcours historique, notamment les conditions dans lesquelles ils ont quitté la RDC et se sont retrouvés en Belgique.
« Qui avait facilité ce processus ? », s’est-il interrogé, expliquant que la cartographie des collections avait permis de cibler les objets liés aux Vili, un peuple insuffisamment représenté dans les collections de l’IMNC.
Il a souligné que la valorisation de ces objets demeure importante, certains étant encore utilisés aujourd’hui par les communautés woyo à Muanda.
D’ après lui, leur éventuelle restitution aux musées congolais permettrait aux générations futures de contempler et de mieux connaître un patrimoine culturel sorti du pays dans un contexte colonial.
Galume, est chercheur à l’IMNC dans la section d’archéologie, a fait savoir que d’autres recherches sur les conditions d’acquisition des collections sont actuellement en cours. ACP/E L/ MN

