Kinshasa, 20 août 2026 (ACP).- La mise en place de mécanismes de prévention destinés à renforcer et à assainir l’écosystème de l’art contemporain en République démocratique du Congo a été préconisée mercredi par le critique d’art John Bongenya, lors d’une visite guidée dans sa galerie à Kinshasa.
« Après avoir identifié et analysé les différentes fragilités qui traversent le secteur de l’art contemporain en République démocratique du Congo, il convient désormais de réfléchir aux moyens de prévenir leur réapparition par la mise en place de mécanismes de prévention », a indiqué John Bongenya.
« Le concept de prophylaxie, emprunté au domaine médical, est ainsi appliqué au champ artistique pour désigner l’ensemble des dispositions susceptibles d’anticiper, de limiter ou d’éviter les dysfonctionnements qui affectent cet écosystème », a-t-il ajouté.
Pour John Bongenya, la première mesure prophylactique doit être consacrée à la formation des artistes et des différents acteurs du secteur.
« La pratique artistique ne devrait plus se limiter à la production plastique, mais intégrer une connaissance de l’histoire de l’art, des théories artistiques, des pratiques curatoriales ainsi que des mécanismes du marché de l’art », a estimé le critique d’art.

Cette formation, a-t-il relevé, permettrait aux artistes de mieux comprendre leur positionnement, leur langage plastique et les enjeux qui déterminent la réception de leurs œuvres.
La documentation et l’archivage, une urgence
Le critique d’art considère également la documentation et l’archivage comme des instruments fondamentaux de sauvegarde du patrimoine artistique national. L’insuffisance de données fiables sur les artistes, les œuvres, les expositions et les différents mouvements artistiques constitue, selon lui, une fragilité majeure.
Une œuvre non documentée risque de perdre son contexte, sa traçabilité et, à terme, sa place dans l’histoire de l’art, a-t-il fait observer, estimant que la constitution d’archives artistiques devrait être considérée comme un véritable acte de préservation de la mémoire collective.
John Bongenya accorde, par ailleurs, une place importante à la critique d’art, qui ne devrait pas se limiter à la promotion des artistes et de leurs œuvres.
Elle doit, selon lui, favoriser la distance, l’analyse et le débat afin de permettre de distinguer la valeur esthétique, la pertinence du discours et la qualité plastique de la simple visibilité médiatique.
« Une critique autonome contribuerait ainsi à réguler le système artistique par la pensée et à favoriser l’émergence d’un regard plus exigeant sur la création contemporaine congolaise », a expliqué M. Bongenya.
Vers un écosystème artistique mieux structuré
La structuration du champ artistique constitue une autre priorité relevée dans cette réflexion.
L’artiste ne peut évoluer durablement dans un environnement où les galeries, espaces d’exposition, institutions, collectionneurs, critiques, commissaires d’exposition et structures de conservation restent insuffisamment connectés.
La professionnalisation et la mise en réseau de ces différents acteurs apparaissent dès lors indispensables à la construction d’un écosystème artistique congolais plus solide, dynamique et durable.
Le critique d’art a également appelé à réduire la dépendance excessive à la légitimation extérieure.
« Si la reconnaissance internationale constitue une ouverture importante pour les artistes congolais, elle ne devrait pas, à mon avis, devenir le principal critère permettant d’établir leur valeur », a-t-il dit.
Dans cette perspective, le développement d’un marché de l’art local, la constitution de collections privées et institutionnelles, l’accroissement des commandes publiques ainsi que la multiplication des espaces artistiques indépendants pourraient contribuer à renforcer l’autonomie du secteur, à préserver les œuvres et à transmettre la mémoire artistique.
ACP/Kayu

