Renforcer l’identité nationale par la valorisation des traditions, objet d’un plaidoyer

Kinshasa, 22 octobre 2025 (ACP).- Un appel à la redécouverte et à la valorisation des traditions, à travers les rites et les habitudes ancestraux pour renforcer l’identité nationale et préserver la mémoire collective en République démocratique du Congo, a été lancé, mercredi à Kinshasa,  par un historien lors d’un entretien avec l’ACP.

« N’ayez pas honte de traditions de vos ancêtres. Elles ont formé l’ossature de ce que nous sommes. Les pleureuses n’étaient pas faibles : elles portaient sur leurs épaules la douleur des familles entières. Apprenez ces histoires, respectez ces rôles, et comprenez que nos ancêtres pleuraient pour ne pas oublier, mais pour transformer la mort en mémoire vivante », a déclaré  Félix Kiluya , historien congolais.

Il a argumenté ses propos en relatant l’histoire méconnue des femmes pleureuses chez les  Bemba, Sanga, Luba et Yeke, qui selon lui, est une preuve de l’impact des rites ou traditions chez les ancêtres.

« On était encore à Kafubu mission, un matin où le ciel était si bas qu’on aurait dit qu’il portait lui aussi le deuil. Une vieille femme s’avançait vers la cour centrale, entourée d’autres mères drapées de pagnes sombres. Elle n’avait pas besoin de parler. Sa voix allait bientôt s’élever, non pas pour dire, mais pour pleurer. C’est ainsi que commence la veillée chez les Lamba du Katanga méridional, comme chez les Bemba ou les Sanga de Kambove, les Luba du Katanga septentrional ou encore les Yeke établis entre les collines de Bumkeya », a-t-il relaté.

Félix Kiluya a ajouté que « Ces femmes, appelées simplement « ba mbila ya mpasi » (celles qui pleurent la douleur), sont les gardiennes de la mémoire collective. Leur mission ne commence pas au cimetière. Elle commence dans la cour, autour du feu, sous l’arbre central, là où les mots deviennent trop lourds pour être dits ». 

Il a, par ailleurs, évoqué la particularité des rites de chaque tradition, tout en soulignant les messages visés à travers chaque acte.

« Les pleureuses chantent, gémissent, frappent leur poitrine, invoquent les noms du défunt, reconstituent sa vie par les pleurs, parfois même entrent en transe. Mais ce n’est pas de la folie : c’est un rituel codé, un héritage transmis de mère en fille », a-t-il souligné, avant de renchérir : « Chez les Bemba, on préparait du munkoyo et parfois du katubi (deux boissons traditionnelles), pour accompagner les veillées. Les pleureuses en buvaient, non pour se saouler, mais pour réchauffer leur cœur avant de livrer leur chant. Chez les Sanga, on appelait les pleureuses à l’arrivée du corps : elles devaient être les premières à crier, les premières à montrer que la mort était là. Chez les Yeke, elles formaient un cercle autour du cercueil, symbolisant l’unité entre les vivants et les morts ».

Il a achevé son intervention en déplorant le changement qui s’est imposé vis à vis des rires et traditions ancestrales.  

« Avec le temps, ces pratiques ont reculé. La modernité, les jugements, la religion venue d’ailleurs ont qualifié ces traditions de superstitions ou d’émotions païennes. Et pourtant, dans ces cris des pleureuses, il y avait tout : la douleur, la dignité, la communauté, la continuité », a-t-il déploré.

Félix Kiluya est passionné et défenseur de l’histoire contemporaine du Katanga.  Son rôle n’est pas d’attiser les tensions, mais de réveiller les consciences. En plus, Son objectif est de réconcilier la jeunesse katangaise avec sa mémoire collective, en lui transmettant des récits authentiques, équilibrés et enracinés.  

ACP/UKB

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