Kinshasa, 8 août 2026 (ACP).– La musique congolaise est appelée à sortir de la logique de la popularité instantanée pour renouer avec la création d’œuvres susceptibles de s’inscrire durablement dans la mémoire collective, par le président de ‘‘Culture Congo Avenir’’, joint samedi par l’ACP depuis Kinshasa en République démocratique du Congo.
« Si nous continuons à célébrer davantage le bruit que l’œuvre, la popularité instantanée plutôt que le talent durable par la création d’œuvres susceptibles de s’inscrire durablement dans la mémoire collective, nous finirons par trahir l’héritage exceptionnel que nous ont légué les bâtisseurs de la musique congolaise », a prévenu le président Eddy Mwene Ngombe.
Cette interpellation remet ainsi au centre du débat la nécessité de considérer la musique congolaise non seulement comme un produit de divertissement, mais également comme un patrimoine vivant, un instrument de mémoire et un vecteur d’identité culturelle, dont la pérennité dépend de la capacité des générations actuelles à créer des œuvres à la hauteur de l’héritage reçu.
Dans sa réflexion consacrée à l’évolution de la musique congolaise, intitulée « La musique à la mode, ou la musique qui marque son temps ? », cet opérateur culturel a posé la question de la capacité de la scène musicale congolaise contemporaine à produire des œuvres majeures, à l’image de celles qui ont contribué à forger la réputation internationale de la rumba congolaise.
Selon lui, la recherche de notoriété, les phénomènes de suivisme et la multiplication des commentaires autour des artistes tendent progressivement à éclipser l’essentiel : l’œuvre artistique elle-même.
M. Ngombe a estimé que les mélomanes et les puristes assistent à une érosion de la création, de l’inspiration et de l’exigence artistique, dans un environnement où l’immédiateté et la consommation rapide des chansons prennent de plus en plus de place.
« Nous sommes la terre de la Rumba et de ses pionniers, une nation qui a donné naissance à des génies et à des œuvres intemporelles », a rappelé Eddy Mwèné Ngombé, considérant que cet héritage impose une responsabilité particulière aux créateurs actuels.
Poursuivant, il a interpellé notamment sur la rareté des œuvres capables de dépasser le succès d’une saison pour devenir des références intergénérationnelles, évoquant à titre illustratif, plusieurs titres ayant marqué l’histoire de la musique congolaise, notamment ‘‘Mon Avocat a voyagé’’ de Youlou Mabiala, ‘‘Tabali’’ de Cosmos, ‘‘Dernier Baiser’’ de Loko Massengo, ‘‘Bwala Yayi Mambu’’ de Pamelo Mounk’a et ‘‘Eden’’ de Théo Blaise Kounkou.
Pour le président de Culture Congo Avenir, la question ne concerne cependant pas uniquement les artistes, mais elle interpelle également les structures culturelles, les médias, les producteurs, les diffuseurs, les critiques et l’ensemble de l’écosystème musical.
Par ailleurs M. Ngombe a reconnu les insuffisances des structures culturelles, tout en estimant que la faiblesse de l’offre artistique constitue aujourd’hui un autre sujet de préoccupation.
À l’en croire, cette situation risque d’affaiblir progressivement la transmission du patrimoine musical congolais, particulièrement auprès d’une jeunesse exposée à une consommation musicale dominée par la rapidité, les tendances et la recherche de visibilité.
Face à cet enjeu, Mwèné Eddy Ngombé plaide pour une réhabilitation de l’exigence artistique et pour un retour de la création au centre des politiques et pratiques culturelles.
Il a appelé pour ce faire, à la valorisation des artistes capables de raconter l’histoire et les réalités de la société congolaise, de révéler les talents et de produire des œuvres susceptibles de dialoguer avec les générations futures. ACP/Ka/LZN

