La RDC a adopté un régime de change flottant pour le franc congolais (Une réflexion de l’économiste Germain Kambinga)

Kinshasa, 30 septembre 2025 (ACP).- Dans ce pays qui est le nôtre, le débat public reste trop souvent approximatif.

Prenons l’exemplerécent des discussiocns sur le taux de change. Voici quelques clés de lecture pour ceux qui s’intéressentaux subtilités de l’économie monétaire.

1. Un régime de change flottant implique des fluctuations normalesLe marché des devises est un marché de type flottant, c’est-à-dire caractérisé par des variationspermanentes des taux de change.

Depuis plusieurs années, la République Démocratique du Congo(RDC) a adopté un régime de change flottant pour le franc congolais.

Dès lors, les fluctuations — àla hausse comme à la baisse — par rapport au dollar américain sont non seulement normales, maisstructurelles.

Dans un contexte d’économie ouverte et de forte intégration commerciale, les taux de changesont influencés par une multitude de facteurs : flux de capitaux, échanges commerciaux, réserves dechange, politiques monétaires, etc.

Les analyses doivent donc être dynamiques et s’inscrire dans letemps long. La vraie question à se poser n’est pas celle de l’évolution ponctuelle du taux de change, mais celle de la valeur d’équilibre à rechercher à moyen terme, c’est-à-dire un taux compatible avecnos objectifs de stabilité macroéconomique, de compétitivité externe et de croissance inclusive.

2. Les interventions conjoncturelles ne suffisent pas : le besoin de réformes structurellesLa récente appréciation du franc congolais — ou plutôt la baisse du dollar sur le marché local —s’explique en partie par des mesures conjoncturelles prises par la Banque Centrale, notamment desinterventions sur le marché des changes ou le resserrement de la liquidité.

Cependant, ces mesures à effet immédiat doivent impérativement être complétées par desréformes structurelles, susceptibles d’améliorer la résilience de l’économie congolaise face aux chocsexternes.

Cela inclut notamment :•la diversification de la base productive,•la formalisation du secteur informel,•la consolidation budgétaire,stimulation des exportations à valeur ajoutée.Dans un contexte géopolitique marqué par l’instabilité et les tensions dans l’Est du pays. Cettetâche relève d’un véritable défi (voire d’une gageure), tant les marges de manœuvre politiques etbudgétaires sont limitées.

3. Pas d’effet immédiat sur les prix intérieurs : rigidités et anticipationsCertains observateurs espèrent que la baisse du dollar entraînera une baisse immédiate desprix intérieurs.

Cela relève d’une lecture simpliste. En réalité, selon la théorie des anticipationsrationnelles (Muth, Lucas), les agents économiques — producteurs, importateurs, commerçants —n’ajustent pas leurs comportements instantanément à une variation du taux de change, surtout sicelle-ci est perçue comme temporaire.Deux autres phénomènes expliquent ce décalage :•Les coûts de menu (ou «coûts de catalogues»), qui rendent coûteux l’ajustement fréquentdes prix nominaux ;•Les problèmes de coordination macroéconomique, dans un circuit économique encorelargement informel et atomisé.

À cela s’ajoute l’encadrement encore lacunaire du marché de change en RDC, marqué parun niveau élevé de spéculation, ce qui accroît le risque perçu par les opérateurs et affaiblit lacrédibilité de la tendance actuelle.

Pour mémoire, une situation similaire s’était produite au second semestre 2020, avec uneappréciation temporaire de la monnaie nationale, suivie d’un rebond du dollar qui avait entraîné uncoût social élevé en termes d’inflation importée et d’instabilité des prix.

ConclusionEn tant qu’économiste, je pense qu’il est essentiel de faire preuve de prudence et de patiencedans l’analyse.

Les jugements hâtifs — qu’ils soient optimistes ou pessimistes — risquent de malorienter les politiques économiques.

Ce qu’il faut, ce sont des analyses rigoureuses, fondées surles fondamentaux macroéconomiques et les dynamiques structurelles du pays. ACP/ C.L

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