Kinshasa, 27 juillet 2025(ACP). – L’application du salaire minimum agricole garanti (SMAG), a été sollicitée par une association samedi à Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo, pour éviter l’effondrement brutal de l’économie rurale, lors d’une conférence sur l’autosuffisance alimentaire.
« Il est urgent d’instaurer un salaire minimum agricole garanti (SMAG) national spécifique, encadré et négocié, couplé à une politique de soutien public au secteur agricole, si l’on veut éviter un effondrement brutal de nos économies rurales », a déclaré Jérôme Sekana Pene-Papa, coordonnateur national de Toile d’Araignée, une Asbl.
D’après lui, il est temps de sonner l’alerte, avant qu’il ne soit trop tard.
« L’application aveugle et uniforme du salaire minimum dans le secteur agricole et agro-industriel, sans discernement ni prise en compte des réalités propres à ce pilier de notre économie rurale, risque de déclencher une crise nationale aux effets dévastateurs, irréversibles et systémiques. », a-t-il martelé.
Selon lui, au-delà des chiffres, c’est le destin de millions de Congolais que l’on engage sur une voie périlleuse, sans retour. La faillite de ces structures entraînerait une perte massive d’emplois, jetant dans le dénuement des centaines de milliers de familles entières, totalement dépendantes de ces entreprises pour leur survie, d’où cela serait un abandon total des populations rurales.
« La disparition des programmes sociaux portés par les agro-industriels serait inévitable. En l’absence de ces acteurs privés, ce sont des centaines d’écoles, de centres de santé, de réseaux d’eau potable, de routes rurales qui s’arrêteraient net, précipitant un vide que l’État, déjà fragilisé, ne saurait combler sans investir plus de 100 millions de dollars par an.», a-t-il précisé.
M. Sekana a fait savoir bien que l’application du Décret n°25/22 du 30 mai 2025 fixant le SMIG à 14.500 CDF/jour dès mai 2025 (premier palier) et à 21.500 CDF/jour dès janvier 2026 (deuxième palier) s’inscrivent dans une volonté légitime de justice sociale, elle constitue une charge supplémentaire de grande envergure capable de provoquer des licenciements massifs et autres abandons des charges sociales car, seule la rubrique de l’enveloppe salariale risque de quintupler.
Il a, par ailleurs, insisté sur l’application du nouveau SMIG dans le secteur agricole en lieu et place d’un SMAG adapté, une pression financière soudaine entrainera certainement, la fermeture de quelques unités de production encore existantes, en particulier les petites et moyennes exploitations ; une perte massive d’emplois ruraux et des avantages sociaux (santé, électricité, eau potable, scolarité et logement), aggravant encore plus la pauvreté et l’exode rural vers les centres urbains déjà surpeuplés.
Bénéfices attendus de la mise sur pied du SMAG
La mise en œuvre du SMAG entraine des résultats positifs escomptés. Il s’agit de l’augmentation sensible de la production nationale (PIB) ; de la diversification des sources de financement de l’économie ; de l’équilibre de la balance de paiement ; de la maîtrise de l’inflation et stabilisation du cadre macroéconomique ; de la résilience de l’économie capable d’amortir les chocs endogènes et exogènes liés à la volatilité des prix des minerais.
Recommandations
A cette occasion, il a été demandé au gouvernement central d’instaurer un dialogue permanent et efficient avec les producteurs agricoles locaux ; de consulter la corporation des entreprises agro-pastorales et agro-industrielles pour examiner cette problématique dans toutes ses facettes et trouver ensemble des solutions idoines ; d’accorder d’abord un moratoire et prendre des mesures transitoires en faveur des entreprises des secteurs susvisés afin de leur permettre d’appliquer un SMIG réaliste, et adapté aux entreprises exploitant dans les zones rurales. En outre, la mise en place d’une banque agricole d’accompagnement des investissements dans le secteur agricole, tel que prévu par la loi agricole, figure parmi ces recommandations.
Il sied de signaler que plus de 3.000 entreprises formelles sont affiliées à la FEC. Environ 388 sociétés exploitent dans les secteurs agro-industriel, pastoral et forestier en RDC sans compter les micros et petites entreprises. Ces entreprises emploient une main d’œuvre importante estimée à plus 38.000 travailleurs directs répartis dans les zones ou provinces agricoles.
ACP/C.L.

